Noisy Pale Ale: brassée à Saint-Gilles

Pour moi, le Pale-ale, c’est souvent un « Bass », le symbole de la fête à la wallonne. Cela se boit à la bouteille, au rythme des tambours des carnavals et du froid qui gèle les doigts, à partir de huit heures du matin. C’est aussi, Monsieur Huart, le voisin d’en face, qui déglinguait 12 Bass sur les douze coups de minuit en bloquant sa glotte il y a très longtemps de cela. Bref, c’est une bière rousse, dorée, qui symbolise le temps qui ne passe pas.

L’origine du style et du pale-ale en soi est un rien complexe à démonter. Il semble que cela remonterait au XVIIIe siècle. D’une part, le mot « Ale » désigne des bières peu ou pas houblonnées, en Angleterre à l’origine (le mot, de par son origine britannique, s’utiliser d’ailleurs tant au féminin qu’au masculin), et, d’autre part, le mot « Pale » désigne des bières issues de malts peu colorés, ou touraillés, c’est-à-dire séchés.

En tous les cas, ces deux mots désignent toujours des bières de fermentation haute, d’origine anglaise ou américaine, qui occupent un spectre colorant qui va d’ambré à presque brun. Bref, un peu de tout. Et même si les pale-ale ne font pas partie des productions traditionnelles belges, il est indéniable qu’elles font partie de la consommation d’une belle partie de nos compatriotes, du moins dans certaines zones de Wallonie.

IPA

Depuis l’aube des années 2000, on assiste un peu partout dans le monde à la renaissance des pale-ale, surtout dans la variante Indian pale-ale, que l’on nomme pour faire simple : IPA. Ces bières sont souvent très houblonnées, hyperdenses, riches, mais sont impossibles à placer dans une unité stylistique ou gustative évidente. On trouve, parmi les stars actuelles de cette vague le sublime Bastogne Pale Ale, de la brasserie éponyme.

La cuvée du jour vient d’une des quatre ou cinq microbrasseries bruxelloises, presque une brasserie cachée, à la production minuscule, plus ou moins 400 litres hebdomadaires, autrement dit une goutte de mousse dans l’océan brassicole national.

Celle-ci se situe à Saint-Gilles, et vous pourrez trouver cette cuvée chez Moeder Lambic et dans l’un ou l’autre commerce de proximité bruxellois, ou en posant la question par mail à un des brasseurs : mdumay@gmail.com.

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En matière de goût, cette bière refermentée en bouteille, comme il se doit, est remarquable. Loin des poncifs actuels du genre, on ne nage pas dans des tonnes d’amertume portées par un tas de houblons différents. Chouette, ceci n’est pas une bière de performance, mais bien une bière de soif, une cuvée élaborée pour donner du plaisir sans se torturer les neurones et les papilles.

Mais, c’est aussi un produit qui se tient loin des concepts marketing à la mode dans le monde des bières alternatives. Bref, c’est une bière élaborée par des gens discrets, qui à trois, se font plaisir avant tout. Le but n’est pas d’en faire une industrie ou un coup marketing, c’est juste la bière qui manquait un peu aux papilles des créateurs, et comme personne n’est jamais mieux servi que par lui-même, voilà de la cohérence à pleins verres…