La radio numérique à nouveau à l’agenda

La radio numérique permet l’envoi d’images et de textes en plus du son. © D.R.
La radio numérique permet l’envoi d’images et de textes en plus du son. © D.R. - D.R.

Après un an de frigo, le projet de déploiement de la radio numérique en Belgique francophone revient – une fois de plus serait-on tenté de dire – à l’agenda politique. En réponse à une question parlementaire, le ministre des Médias et du Numérique Jean-Claude Marcourt a annoncé qu’il comptait concrétiser durant cette législature le travail déjà réalisé. «   Plusieurs pistes sont évoquées et des réunions vont être planifiées avec les opérateurs », a-t-il déclaré.

Cette reprise en main du dossier n’est sans doute pas étrangère à ce qui se passe au nord du pays. Le déploiement de la radio numérique y est devenu une priorité. Il figure dans la déclaration gouvernementale régionale et dans la note d’orientation politique du ministre des Médias, Sven Gatz. En mai, Norkring, l’opérateur privé qui détient les pylônes utilisés par la VRT pour diffuser ses radios, va déployer ses deux premiers émetteurs DAB+ (norme utilisée pour diffuser en numérique). Ils couvriront la grande région bruxelloise. Sept petites radios participeront à cette première timide expérience. La perspective de voir les francophones se retrouver à la traîne de la Flandre dans le domaine alors que c’était précisément l’inverse il y a encore un an explique sans doute le regain d’intérêt pour le dossier.

Cela fait des années maintenant que les opérateurs radios appellent le monde politique à bouger sur ce dossier crucial pour l’avenir du secteur. La radio est le seul média de masse à être encore analogique et cela le paralyse. La bande FM est saturée et ne permet plus aucun nouveau projet. « C’est une technologie qui a 50 ans. Le numérique nous permettra de faire un nouveau bond en avant et d’assurer l’avenir de ce média pour les 50 prochaines années », explique Francis Goffin, patron des radios de la RTBF (lire ci-contre les avantages du numérique). Il est important pour lui que la Wallonie ne se laisse pas distancier par la Flandre afin que le basculement vers le numérique soit synchronisé. Il va falloir convaincre les Belges de remiser leurs vieilles radios FM pour un nouvel appareil compatible DAB+. « La collaboration des grandes chaînes de distribution mais aussi des constructeurs automobiles est cruciale pour cette grande opération de promotion. Or ces acteurs sont organisés au niveau national et non communautaire. Si les décisions politiques sont prises au sud du pays cette année, il est encore possible de synchroniser le lancement. La Flandre ne prévoit pas de déploiement sur l’ensemble de son territoire avant 2017 ».

12 millions d’investissement

Le problème principal reste le financement. Si les radios sont prêtes à prendre en charge les coûts de la migration (la double diffusion FM – DAB+ pendant plusieurs années, la promotion de la radio numérique auprès du public, l’enrichissement de l’offre avec la création de nouvelles radios), elles ont besoin des pouvoirs publics pour financer l’investissement de départ nécessaire à la création du réseau, soit 12 millions d’euros. Une somme difficile à sortir dans le contexte budgétaire actuel de la Fédération Wallonie Bruxelles. Il faut donc se montrer créatif. On évoque notamment le recours aux invest régionaux. La Flandre n’a pas ce problème. C’est Norkring qui se charge de déployer le réseau. La RTBF avait un moment analysé l’opportunité de vendre, comme l’a fait la VRT, ses pylônes à Norkring pour les relouer ensuite, mais cette piste a été jugée financièrement peu intéressante.

L’argent n’est pas le seul problème. Il faut encore trouver de la place pour tout le monde sur le nouveau réseau. Même s’il y a beaucoup plus d’espace disponible en numérique que sur la bande FM, il n’est pas possible pour des raisons techniques de reproduire à l’identique le paysage radiophonique actuel. Si les grands réseaux de radios sont assurés d’avoir une place non seulement pour leurs stations existantes mais aussi pour de nouvelles radios (trois nouvelles pour la RTBF, deux pour RTL…), l’architecture technique telle qu’imaginée en fin de législature précédente laissait en rade les radios locales rurales, ce qui posait des problèmes au CSA en termes de préservation du pluralisme. Il n’y a pas eu d’accord et l’arrivée des élections a remisé le projet aux oubliettes. Espérons que cette nouvelle tentative de lancement de la radio numérique sera la bonne.