Le 11h02: «Il est temps d’oser la grande réforme fiscale»

Le Soir s’est livré à un exercice grandeur nature : tenter d’esquisser les contours d’une réforme fiscale idéale. Nous avons réuni six experts fiscaux de plusieurs universités, du nord comme du sud pour nous accompagner dans cet exercice.

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À 11h02, Bernard Demonty répond à vos questions sur le tax shift.

Quel est l’enjeu de la réforme fiscale ?

«  Baisser la taxation sur travail parce que les travailleurs sont beaucoup trop taxés. Cela va coûter cher parce qu’il y aura dès lors moins de recettes pour l’État. Il faut trouver les sous ailleurs mais comment faire ? Augmenter la TVA ? Taxe les comportements polluants ? Taxer les plus-values, le capital ? Le tax-shift c’est glissement fiscal. Ne pas augmenter les impôts mais déplacement. Par exemple ménage qui pour aller au ciné se prive d’un week-end à l’étranger.  »

Quelles sont les grandes positions des patrons et syndicats ?

«  Du côté des syndicats, on veut taxer les revenus le plus possible. Par exemple, via des taxes sur les revenus du capital, sur la spéculation ou sur les secondes résidences. Du côté des patrons on veut des taxes qui ne nuisent pas à la compétitivité du pays. On parle donc d’une éventuelle augmentation de la TVA. Mais taxer l’immobilier et le capital, il n’en est pas question.  »

Taxer le profit tout en évitant que les capitaux ne partent à l’étranger, est-ce difficile ?

«  Il faut être plus subtil. En harmonisant les taux des différentes taxes, on pourrait donner un sentiment de justice. Le tout n’est pas de taxer du jour au lendemain le capital à 60 %. Il y a moyen d’arriver à un résultat sans faire fuir les capitaux. Il faut arriver à un équilibre.  »

En Belgique, ceux qui travaillent payent trop d’impôts et trop peu de gens travaillent.

«  En effet. Certains partent aussi trop tôt à la retraite. Les taux de chômage en attestent. Cependant, il convient de mettre en balance cette donnée avec les services reçus contre cette taxation. En Belgique, on bénéficie d’une protection sociale très élevée. Si vous payez beaucoup d’impôts mais que vous ne devez pas payer les soins de santé, au final la différence est minime. Il y a cependant encore du travail à faire.  »

Est-ce qu’une taxation des loyers serait la bonne solution ?

«  C’est une piste mais c’est politiquement infaisable. En Belgique, taxer très fort la grosse fiscalité immobilière serait plus juste donc taxer les revenus cadastraux. Certains ont travaillé toute leur vie pour acheter une seconde résidence, doit-on vraiment les taxer ? Il faut plutôt aller chercher les taxes chez les gros propriétaires. L’immobilier ne fuit pas à l’étranger puisqu’il est vissé au sol.  »

Instaurer la taxe au kilomètre, une bonne idée ?

«  Oui parce que c’est facile à mettre en œuvre. Ce qui se dégage de l’analyse des experts c’est que l’on peut taxer les camions qui transitent par la Belgique. On peut contrôler le trafic et on ne crée pas de distorsion de concurrence. Il y aurait beaucoup d’avantages et cela rapporterait environ 600 millions. Mais on aurait tout de suite lobby des routiers sur le dos donc ce n’est pas évident.  »

La Belgique a-t-elle les moyens de faire une réforme fiscale ambitieuse ?

«  Les moyens financiers oui mais la volonté politique n’y est pas. La dernière grande réforme date de 1962. D’après les premières déclarations, c’est confus. Il y aura toujours des oppositions politiques. Il faut oser une grande réforme fiscale mais il y a peu de chances que ça arrive.  »

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