A Liège, les Guillemins sont en pleine mutation

Environ 17.000. C’est le nombre de navetteurs qui transitent tous les jours par le quartier des Guillemins pour prendre le train. Inaugurée en 2009, la gare Calatrava, considérée par certains comme « la plus belle gare d’Europe », a donné l’impulsion de ce redéploiement, exprimé dans le « master plan » de la Ville autour de deux idées maîtresses : l’ouverture et l’accessibilité.

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Dans ce double but, la Ville de Liège est en train de réaliser un tout nouvel axe urbain, de la gare des Guillemins à la Médiacité, en ouvrant une perspective vers la Meuse. Le long de cette percée d’un kilomètre de long, diverses fonctions viendront cohabiter : logements, bureaux, espaces verts et, bien entendu, le futur tram, intrinsèquement lié à tous les enjeux urbanistiques liégeois de demain.

« Les récents projets et ceux à venir font preuve d’une véritable modernité architecturale. Ça fait un bien fou au quartier en termes d’image. Et c’est attractif aussi d’un point de vue touristique », se réjouit Bernard Eggen, de la célèbre maison de pâtisserie Eggenols, présente dans le quartier depuis 1930.

Bernard Eggen, de la célèbre maison Eggenols. © Dominique Duchesnes
Bernard Eggen, de la célèbre maison Eggenols. © Dominique Duchesnes - LESOIR

A travers ce relooking urbain d’envergure qui verra naître un quartier d’affaires et de logements au pied d’une gare internationale et au cœur même de la ville, Liège affiche clairement son ambition de se placer sur l’échiquier des métropoles européennes. « On sent une vraie dynamique économique, et donc un enchaînement sur le plan immobilier, note Pierre Badot, directeur du courtier DTZ Wallonie. Ce mouvement vers l’avant doit maintenant se concrétiser par des décisions urbanistiques fortes. »

Depuis quelques années, le quartier des Guillemins est un chantier à ciel ouvert et les Liégeois prennent leur mal en patience. Les fonctionnaires viennent d’emménager dans la toute nouvelle tour des Finances, visible des quatre coins de la ville grâce à ses 118 mètres de haut. Commencé fin 2012, le réaménagement des voiries le long du quai de Meuse se poursuit, afin d’améliorer l’accessibilité de la ville et permettre le passage du tram en 2018.

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En cours de construction également, une passerelle cyclo-pédestre longue de 1.250 mètres enjambera la Meuse pour relier les Guillemins à deux autres quartiers : le parc de la Boverie et son futur Centre international d’art et de culture (Ciac), mais aussi le pôle économique et commercial que constitue la Médiacité, dans le quartier du Longdoz. « Il va y avoir un nouveau flux piétonnier entre quartiers. Cette nouvelle liaison entre les deux rives est fort positive tant pour l’une que pour l’autre », estime Bernard Eggen.

Au niveau immobilier, le quartier des Guillemins promet bien des métamorphoses dans les années à venir. Au pied de la Tour des Finances, le projet Fedimmo prévoit l’aménagement sur 1,5 hectare de nouveaux îlots, de 4 à 5 niveaux, qui accueilleront 35.000 m² de bureaux et de logements. La Ville départagera, cet été, les quatre équipes qui ont soumissionné.

La nouvelle Tour des Finances. © Dominique Duchesnes
La nouvelle Tour des Finances. © Dominique Duchesnes - LESOIR

Juste en face, le futur centre du design, baptisé « Design station of Wallonia », porté par l’agence de développement économique pour la province de Liège (SPI), ouvrira ses portes en octobre. Vitrine pour les designers et créateurs, le bâtiment abritera les locaux de l’incubateur Job’in Design et de Wallonie Design, mais aussi un espace entreprises, une salle d’exposition, des salles de conférence, une salle de prototypage et un espace de coworking. Treize appartements compléteront cet ensemble à vocation culturelle.

Pour l’îlot communal dit « Balteau », rue Paradis, un appel à projets a été lancé pour la construction d’une soixantaine de logements sur 3.600 m². Place des Guillemins, l’« Ardent project », porté par ImmoCircus, a reçu son permis cet hiver. Il s’agit d’un projet de 17 000 m² comprenant notamment des bureaux, un hôtel 3 étoiles, des commerces,…

Immobilier : des prix relativement bas

Raphaël Piron est agent immobilier à Liège depuis 7 ans. En 2013, il a quitté une agence du centre-ville pour ouvrir une agence Century 21 rue des Guillemins. Il connaît bien le marché immobilier résidentiel de son quartier et remarque une évolution très nette depuis l’arrivée de la nouvelle gare en 2009. «Le quartier avait plutôt mauvaise réputation. Puis les commerces ont beaucoup souffert des travaux de voirie. La nouvelle gare a été le déclencheur d’une nouvelle dynamique. Il y a désormais plus de demandes immobilières que d’offres, et les biens trouvent très rapidement preneurs. Les clients sentent que c’est le moment d’investir ici.»

Mais si le quartier est désormais prisé, c’est aussi parce que les prix restent relativement bas par rapport aux autres grandes villes. «Comptez 150.000 euros pour acheter un appartement (ancien) de 2 chambres et 700 à 800 euros pour le louer. Pour ce prix, vous êtes au pied d’une gare TGV et à 5 minutes en bus du centre-ville de Liège.»

D’un point de vue commercial, la rue des Guillemins est considérée comme l’une des rues commerçantes les plus attractives de Liège. «En termes de passage, on parle de 1.300 bus par jour et de 35.000 piétons par semaine, ce qui est énorme. Les loyers commerciaux tournent autour des 130-140 euros par m² et sont inférieurs à ceux du centre.»

Des maisons réputées y ont pignon sur rue depuis de nombreuses années, et on vient parfois de loin pour manger un filet américain au Concordia, ou acheter des macarons chez Eggenols, en s’accommodant tant bien que mal des difficultés de parking dans la zone, «ce qui n’est pas propre aux Guillemins, mais bien à Liège dans son ensemble. Une des forces du quartier, c’est la convivialité de petites enseignes de proximité».

Si le quartier de la gare est entouré d’immeubles à appartements relativement anciens, la place de Bronckart toute proche séduit par son cachet historique et son calme. Les maisons de maîtres y abritent pour la plupart des professions libérales. Il faut aller jusqu’au quartier du Laveu et le bas de Cointe pour trouver les premières maisons.

Quant aux surfaces de bureaux, elles restent largement déficitaires dans le quartier, comme dans la région liégeoise en général, et le complexe immobilier Ardent project, qui prévoit 11.500 m² de bureaux place des Guillemins, est attendu avec impatience. «Le loyer s’élèvera à 145 euros par m² par an pour des bâtiments neufs, performants, en face d’une gare et au pied des axes routiers», note Pierre Badot, directeur du courtier DTZ pour la Wallonie.