L’agriculture intensive affecte gravement la qualité des sols

La dégradation des sols ne concerne pas que les pays en développement. Elle touche aussi nos pays. En Wallonie, entre 1996-2010, 40 % de la surface agricole a perdu plus de 5 tonnes par hectare par an. © Biosphoto
La dégradation des sols ne concerne pas que les pays en développement. Elle touche aussi nos pays. En Wallonie, entre 1996-2010, 40 % de la surface agricole a perdu plus de 5 tonnes par hectare par an. © Biosphoto - Biosphoto.

Il se trouve sous nos pieds. Nous nourrit, purifie nos eaux, stocke le carbone de l’atmosphère… et pourtant, le sol est négligé. Négligé et surexploité : on estime qu’un tiers de la superficie mondiale est moyennement à fortement dégradée. De plus en plus d’experts tirent la sonnette d’alarme ; 2015 a été décrétée année internationale des sols. Il y a peu, l’Université catholique de Louvain a récompensé, en les faisant docteurs honoris causa, deux chercheurs californiens travaillant depuis des décennies sur cette question. Pour Oliver Chadwick et Miguel Altieri, le sol est un peu resté l’élément oublié de nos ressources naturelles. « On imagine toujours mal qu’il est un élément essentiel de la chaîne alimentaire. De l’homme, mais aussi de la Planète, explique Chadwick. Quand on pense aux ressources naturelles, on songe au pétrole, aux minerais. Mais on oublie les sols. »

Ces derniers sont aussi des ressources non renouvelables. « La situation est très sérieuse, poursuit Chadwick. Cela prend très peu de temps pour dégrader un sol, mais ça en met bien davantage pour le reconstituer. Parfois même, ce n’est pas possible. Notamment lorsque la couche organique a été complètement érodée et qu’il ne reste plus que de la roche. Globalement, la profondeur des sols décroît. Seule une gestion très prudente permettra de les reconstituer. » Les agressions ne manquent pas. L’érosion, principalement lorsque les haies, les bosquets, les bandes enherbées, les arbres, autant d’obstacles à l’écoulement des eaux et à l’action du vent, ont disparu pour étendre les surfaces exploitables. La pollution due à l’usage intensif des pesticides et des herbicides est une agression supplémentaire. « Le sol est un véritable écosystème vivant où chaque élément a une fonction très importante pour assurer la fonction globale, indique Miguel Altieri. Or la qualité du sol est essentielle pour une agriculture durable. » Certes, reconnaît cet expert mondial de l’agroécologie, la production agricole mondiale semble augmenter en termes de kilo par hectare, « mais on a atteint un seuil. Ajouter encore des produits chimiques accroît le rendement, mais pas en proportion de la quantité d’engrais ou de pesticides utilisés. Si l’on considère la dégradation du sol, on constate que l’agriculture industrielle est très inefficace. On a atteint les limites écologiques du système. L’empreinte écologique, la perte de biodiversité et les impacts négatifs sur la santé publique de ce modèle sont dramatiques. Alors qu’elle occupe 8 % des surfaces, l’agriculture industrielle produit surtout pour les biocarburants, elle ne produit que 30 % de la nourriture ; mais elle consomme 70 % de l’énergie et 80 % de l’eau ».

Faire confiance aux écosystèmes

La solution ? La petite agriculture qui, sur 20 % des surfaces, produit 70 % de la nourriture en utilisant 30 % de l’énergie et 20 % de l’eau, insiste Altieri. « Il faut une réforme agraire afin de redistribuer les terres aux plus petits agriculteurs qui sont plus productifs. Il faut booster l’agriculture urbaine. On peut sans problème nourrir le monde de cette manière. » Et qu’on ne leur dise pas que nous n’avons plus de fermiers pour prendre cela en charge. « Ils sont là. Ils sont dans les villes. Sans emploi ! Donnons-leur des terres, ils ne demandent pas mieux. »

De grands changements sont nécessaires, insistent les deux experts. « Les présupposés de l’agriculture industrielle ne sont plus valables. On a besoin d’une révolution verte qui prend en compte la nouvelle donne énergétique et climatique. Il faut un nouveau paradigme. On n’a pas besoin de technologies sophistiquées comme les OGM. On ne va pas résoudre la faim avec cela. La faim, c’est un problème de pauvreté, de distribution, d’accès à la terre. La voie à suivre, c’est l’agroécologie. Ça a pris 35 ans pour qu’on la reconnaisse. C’est fait désormais. » Une démarche où l’on cherche la diversité. Et on utilise les services rendus par les écosystèmes, plutôt que de privilégier les engrais ou les pesticides.