Nina Companeez nous fausse compagnie

Nina Companeez. © Reporters
Nina Companeez. © Reporters - © Reporters

Un été, il y a longtemps. Isabelle, une amie : « Tu aurais dû venir hier chez Eve-Marie. On se serait cru dans un film de Nina Companeez. Il faisait beau, on était couchés dans l’herbe, on a bu au soleil toute l’après-midi, on a joué au tennis, on s’est baignés… » Comment expliquer mieux ? En ajoutant que, pour coller parfaitement à l’atmosphère Companeez, il aurait fallu encore un peu plus de moiteur, de sensualité, d’infidélités, une famille déchirée, un conflit social, politique ou historique en arrière-plan, de bons acteurs, une adolescence mal cicatrisée.

Des films de bonne femme, quoi. Non monsieur, des cartons télévisuels. Trente ans avant Downton Abbey, Bloodline (la nouvelle création de Netflix avec Sissy Spacek) ou L’Héritage empoisonné (le fabuleux huis clos suédois diffusé sur Arte), toutes ces sagas qui font battre le cœur des fans de séries, trente ans même avant qu’on appelle les séries « séries », les feuilletons de Nina Companeez étaient déjà là.

C’est Fanny Ardant qui marche sur la plage avec une robe en dentelle, des bottines à boutons et une ombrelle. La guerre, la première, qui bouleverse la vie de trois familles bourgeoises et de leurs domestiques. Les Dames de la côte, 1979. C’est Dominique Blanc dans la robe de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, qui gravit un à un les échelons jusqu’au lit de Louis XIV. L’Allée du Roi, adaptation en deux parties pour la télévision du roman de Françoise Chandernagor, 1995. Et puis c’est Faustine, 19 ans, qui épie les ébats des jeunes voisins avant de rentrer dormir à la ferme, le soir, chez ses grands-parents… Faustine et le bel été (1972), tout le monde l’a oublié. Pourtant, le premier long-métrage de Nina Companeez est aussi l’un des tout premiers films de Francis Huster, Jacques Spiesser et surtout Isabelle Adjani. Qui dira que cette deuxième expérience (la première, c’était Le petit bougnat) fut le véritable déclic quant à sa volonté d’être comédienne.

Donc Nina Companeez n’est plus. Le groupe France Télévisions a salué une « personnalité marquante de la télévision publique. Elle a toujours su allier dans ses réalisations une exceptionnelle exigence de qualité et le rassemblement des plus larges publics ». Et quelque chose comme du féminisme, la réalisatrice ayant offert aux comédiennes (Françoise Fabian, Evelyne Buyle mais aussi Anouk Grinberg ou Natacha Regnier) des rôles à se damner. En 2007, dans Voici venir l’orage, c’est sa fille, Valentina Varela, qu’elle avait choisi pour incarner… sa propre mère.