Les «tutos avortement», la campagne choc pour le droit à l’IVG au Chili

Une jeune fille, souriante, se filme en train de monter des escaliers. Elle explique que le conseil qu’elle s’apprête à donner peut être fait à son domicile ou au travail. Arrivée au sommet des escaliers, la vidéo laisse entrevoir le ventre de la jeune fille : elle est enceinte. Le visage tendu, elle prend une dernière inspiration, et se jette en arrière dans les escaliers. Écran noir. Un message apparaît : « Au Chili un avortement accidentel est le seul genre d’avortement qui n’est pas considéré comme un crime ».

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Des vidéos chocs, pour éveiller les consciences

Ce « faux tutoriel » s’inscrit dans une campagne choc lancée par une association, pour militer en faveur du droit à l’IVG au Chili. En deux semaines, les vidéos totalisent déjà plus de 400 000 vues. Dans chacune d’elles, le même scénario, une jeune fille explique comment faire un « avortement maison ». Tailler ses talons pour mieux tomber dans la rue, ou se jeter sur une voiture en plein trafic.

Chaque année, plus de 150 000 Chiliennes auraient recours à ce genre de méthodes. Beaucoup n’y survivent pas.

L’ironie et le cynisme sont les ingrédients de cette campagne, pour choquer, éveiller les consciences, et peut-être, à la clé, changer la société chilienne. L’objectif est d’appuyer le projet de loi pour autoriser l’avortement thérapeutique, présenté par Michelle Bachelet, la présidente chilienne, en début d’année. Pour faire pression sur le gouvernement, l’association appelle à s’unir, dernière le hashtag, #LEYabortoTERAPEUTICO.

Un vote positif serait une avancée historique

En janvier dernier, Michelle Bachelet a envoyé au congrès un projet de loi pour dépénaliser l’avortement, dans certains cas. Le projet est depuis le mois de mars, en discussion au Congrès. Un vote positif, serait une avancée historique, pour ce pays catholique. Aujourd’hui, l’avortement est un crime passible de cinq ans de prison pour les femmes, et de trois ans pour les médecins. Légalisé, en 1931 pour raisons médicales, l’avortement avait été ensuite interdit en 1989, à la fin de la dictature d’Augusto Pinochet.