Nationa(a)l: la Belgique artistique unie

National : on connaissait le théâtre, l’orchestre, l’hymne... L’adjectif patriotique qualifie aussi depuis trois ans une vitrine éphémère de la création belge qui entend promouvoir les « talents van demain ». La campagne d’affichage, signée John Stargasme, mêle nos langues nationales à l’anglais : « Kom voir le movie », « Eat goei bouffe », « Do you aime muziek ? », « Shake uw fesses », « Ik love la mode », « Des objets so mooi »... On l’aura compris, on se joue ici des barrières linguistiques avec un sens de la dérision bien de chez nous. L’objectif est de montrer que les disciplines artistiques n’ont pas de frontières. Bien plus, elles peuvent entrer en résonance et attirer tous les publics.

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Cette année, Adeline d’Ursel, Leopoldo Profili et Louis-Dorsan van Caloen, les trois organisateurs de cet événement arty sans artifice, ont investi les anciens bâtiments Vivacqua, le long du Palais de justice. En plein coeur de Bruxelles, cet énorme espace désaffecté accueille jusqu’au 17 mai une petite centaine d’artistes sélectionnés par des « ambassadeurs », curateurs ou créateurs influents dans chaque discipline : design, cinéma, arts plastiques, mode, gastronomie, édition et musique.

Art et création à tous les étages

Au « Nationa(a)l » cette année, Pieter Vermeersch a sélectionné cinq jeunes plasticiens qui accueillent le visiteur dès l’entrée.

GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR
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Juan Pablo Plazas y a fait une installation avec des cravates serpentant du sol au plafond jusqu’au parlophone de l’accueil, comme pour rappeler le « nid de vipères » que peut être un bureau. Une métaphore que l’artiste applique en gravant les définitions du mot « vipère » sur une vitre. La pièce suivante confronte les travaux de plusieurs artistes qui entrent en résonance avec le lieu : Julien Auregan et Benjamin Installé interrogent la matière dans leur peinture, là où Paulien Föllings démultiplie socles et sculptures.

GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR
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Au troisième étage, l’espace boutique accueille les designers sélectionnés par Doorzon et Julien De Smedt (qui expose aussi quelques oeuvres, dont des patères papillons tellement poétiques qu’on les gâcherait presque à y accrocher son paletot).

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La sélection mode est assurée par Cathy Pill et Linda Van Waesberghe. Au-delà de leurs choix sûrs, connus des amateurs de vêtements made in Belgium, comme Omsk ou Superpieceofchic, l’oeil du visiteur sera inévitablement attiré par les coiffes en plumes de Florence Coenraets et par le moelleux des créations en cuir (sacs et gants) de Marie-Laurence Stévigny, qui travaille avec la ganterie de luxe Agnelle après avoir collaboré avec Nina Ricci à Paris et Bill Amberg à Londres.

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Les chefs ont quant à eux été choisis par Sang Hoon Degeimbre. Ils proposent un menu conjoint pour une « expérience gastronomique », les 13, 14 et 16 mai (réservation indispensable).

Des projections et des concerts complètent le tableau artistique multidisciplinaire. Ils ont lieu au 8e étage, dans une ancienne salle d’apparat rehaussée par le travail de lumière de Ludovic Wautier et repensée par les organisateurs qui y ont installé des canapés glanés aux Petits Riens. Ce samedi soir, les Girls in Hawaai avaient invité Thibet, Empty Taxi et Roselien pour un concert intimiste d’anthologie qui concurrençait la cohue des Nuits. La salle accueille aussi les projections dans cette atmosphère cosy. La programmation des films est assurée par Adil El Larbi et Bilall Fallah côté néerlandophone et Vincent Patar et Stéphane Aubier pour la partie francophone (on notera une sélection de courts métrages le 16 mai).

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Au 9e étage enfin, une terrasse avec exposition design embrasse la ville et le palais de justice.

Une vision renouvelée de nos créateurs émergents

«  On veut proposer un magazine vivant des talents belges, ce qui veut dire que chaque année se développe une nouvelle vision de ce que sont nos jeunes créateurs  », explique Adeline d’Ursel, l’une des chevilles ouvrières du projet. « Parfois la Belgique manque d’ambition pour s’affirmer, on veut la doter d’une vitrine pour montrer ce qui s’y fait de mieux grâce à la vision de nos ambassadeurs qui donnent leur vision des talents émergents  », renchérit Leopoldo Profili.

Au départ de ce formidable feu d’artifice créatif, l’étude que les organisateurs de l’événement avaient réalisée pour le cabinet de consultance Kurt Salmon, visant à diagnostiquer les enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique. Notre économie créative est un secteur prometteur à travers le monde : d’après cette éude, la Belgique est le 7ème exportateur mondial de produits créatifs et culturels. La 'Belgian touch' est un vrai label à l’étranger, dans toutes les disciplines. Mais nul n’est prophète en son pays, et c’est d’autant plus vrai quand celui-ci cultive l’autodérision, voire l’humilité par rapport à ses voisins.

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Les trois jeunes organisateurs donnent un grand coup dans la fourmilière de nos complexes de « petits » Belges pour cette vitrine éphémère. Ils ont mis toute la fougue de leur énergie et de leur passion pour la création dans cette troisième édition qui pourrait hélas être la dernière. « On ne demande rien à nos exposants, sinon de nous reverser un pourcentage de leurs ventes, un peu sur le modèle d’une galerie. Les deux dernières années, on n’a du coup pas eu de quoi nous payer nous. Il faut donc qu’on ait des visiteurs et que ça marche, sinon on devra laisser tomber. » A moins que les pouvoirs publics ne soutiennent cette initiative d’une vitrine de la création noir, jaune, rouge qui puisse cartonner à l’international. Appel est lancé.

EN PRATIQUE

Où ? rue aux Laines, 68 à 1000 BRUXELLES dans les anciens bâtiments VIVAQUA (en face du Palais de Justice)

Quand ? Ouvert tous les jours (sauf le lundi 11 mai) de 11h30 à 19h

HORAIRES D'OUVERTURE DE LA TERRASSE-LUNCH ET DU RESTAURANT GASTRONOMIQUE:

Lunch: 11h30 - 14h30 Restaurant gastronomique: à partir de 19h30 le samedi 16 Mai

Rooftop/bar : Tous les jours de 11h30 à 23h30

AUTRES EVENEMENTS (CONCERTS, PROJECTIONS, WORKSHOPS, BRUNCHES AVEC ARTISTES...): Découvrez les horaires et réservez votre place sur www.nationalstore.be

TARIFS Entrée à Nationa(a)l: 6 € (L'entrée donne droit à une réduction de 6 € sur vos achats à partir de 20 € sur le Nationa(a)l Expo//Store)