Les grands groupes en quête d’idées innovantes

Agnès Flémal, directrice générale de l’incubateur technologique WSL : « Vous prenez le TOP 10 des entreprises en Wallonie et vous aurez une bonne idée des noms qui veulent se rapprocher de nous. ». © D.R.
Agnès Flémal, directrice générale de l’incubateur technologique WSL : « Vous prenez le TOP 10 des entreprises en Wallonie et vous aurez une bonne idée des noms qui veulent se rapprocher de nous. ». © D.R.

Engie (GDF-Suez) annonçait la semaine dernière qu’elle s’associait à l’incubateur wallon WSL pour proposer à ses collaborateurs innovants un cadre stimulant – hors des murs de l’entreprise – pour imaginer de nouveaux produits et services. Elle veut ainsi donner corps à l’intrapreneuriat, comprenez l’esprit d’entreprendre au sein même de l’entreprise. Elle n’est pas la seule…

Parallèlement, trois des principales banques du pays co-organisaient des événements dédiés au soutien des start-up à Bruxelles. C’est à celle qui se montrera la plus « start-up friendly ». Ces mêmes banques, conscientes de leurs limites à l’innovation en interne – ont compris l’importance de s’intégrer à des écosystèmes innovants.

BNP Paribas Fortis mise notamment sur l’accélérateur de start-up Co.Station, à Bruxelles, qu’elle finance à 50 %. Après Anvers, KBC étend son incubateur StartIt vers la capitale, en collaboration avec la communauté technophile BetaGroup. ING prend une participation dans le fonds d’investissement SmartFin Capital. Pour ne citer que quelques exemples.

« Vous savez, il est tellement difficile de changer la culture interne d’une banque. Développer un nouveau produit prend au minimum 2 ans. Une banque ne peut pas se considérer comme une start-up, son profil de risque ne le permet pas. C’est pourquoi, en plus de stimuler l’intrapreneuriat, il faut s’ouvrir davantage au monde extérieur », nous concède un grand banquier.

Dans le secteur télécom aussi, Telenet dispose désormais de son propre catalyseur de bonnes idées, le Telenet Idealabs. Étrangement, Proximus reste discrète en la matière, même si elle n’a pas hésité à délier les cordons de la bourse il y a quelques semaines pour racheter la spin-off néolouvaniste Tessares. Et acquérir ainsi une innovation dans le domaine de la connectivité à haut débit fixe-mobile.

Dans l’audiovisuel, RTL Belgium a annoncé son intention de développer un Medialab, sorte d’incubateur interne

Quitter une hiérarchie pesante

Dans l’industrie, les exemples sont plus rares. La Sonaca a sans doute été pionnière en Wallonie en envoyant pour plusieurs mois une petite équipe de chercheurs plancher sur un projet de petit avion électrique. En l’occurrence, les experts aéronautiques ont quitté leurs murs habituels pour se plonger dans un environnement « start-up » chez l’accélérateur Nest’Up, à Mont-Saint-Guibert.

Pour en revenir au monde bancaire, BNP Paribas Fortis fait également appel à des coaches issus de ce même Nest’Up pour frotter ses intrapreneurs aux méthodes ‘lean’ (comprenez efficientes) des start-up.

« Les grandes entreprises explorent deux voies pour se renouveler. Soit elles construisent elles-mêmes des incubateurs internes, comme le font Orange, Airbus ou Renault en France. Les résultats sont mitigés car il faut savoir rompre avec une histoire et une hiérarchie parfois pesante qui freine l’innovation. Soit, elles s’associent avec des spécialistes de l’incubation extérieurs », résume Agnès Flémal, directeur général de WSL, incubateur technologique basé à Liège, avec diverses antennes en Wallonie.

Le plus important, selon elle, est qu’il y ait un win-win entre la grande entreprise et l’incubateur. WSL fédère une centaine de start-up ou spin-off universitaires. En l’occurrence, l’incubateur apporte un environnement high-tech, une mise en réseau et un coaching méthodologique aux « intrapreneurs », tandis qu’Engie amène ses ressources commerciales et éventuellement une prise de participation dans l’une ou l’autre start-up actives dans l’énergie.

« Soit le projet s’arrête et chacun rentre chez soi. Soit il est rapatrié à la maison mère et l’entreprise nous paie alors rétrospectivement pour tous les services offerts par l’incubateur. Soit le projet fait l’objet d’une spin-out qui devient un client à part entière hébergé par l’incubateur, avec des retombées économiques pour la région », poursuit Agnès Flémal.

D’après elle, de tels partenariats avec WSL vont se multiplier. « Vous prenez le top 10 des entreprises en Wallonie et à Bruxelles et vous aurez une bonne idée des noms qui nous approchent en ce moment… »

La démarche est activement soutenue par Agoria Wallonie. Son directeur Thierry Castagne nous a confirmé que d’autres entreprises wallonnes dans le transport, l’aéronautique ou la défense étaient également en discussion.

S’associer avec un incubateur financé par le public, historiquement proche du monde universitaire et de la recherche, est-il vraiment le meilleur tremplin entrepreneurial ? « Nous avons beaucoup évolué, nos critères de sélection sont désormais très durs pour justement faire la distinction entre un rêve universitaire et un business. Cela nous a d’ailleurs valu par le passé des relations tendues avec les universités, qui voulaient parfois valoriser au maximum des idées pour lesquelles il n’y avait pas de marché » rétorque Agnès Flémal.