Concours Reine Elisabeth: la décontraction séductrice de Wang et l’implication de Hagen

d-20150518-39AKUU 2015-05-25 22:24:59

W ang Xiao (Chine, 28 ans) est jusqu’ici le plus décontracté des candidats : on a parfois l’impression qu’il se promène sur scène. Mais derrière cette nonchalance non feinte, se cache un haut degré de préparation. L’épreuve de l’imposé en était d’autant plus intéressante. Son départ est véloce et aisé, impliqué techniquement mais sans état d’âme. Il éblouit par l’éclat de ses sonorités jusque dans la partie lente mais n‘émeut guère. C’est beau, séduisant mais cela ne nous raconte pas grand-chose. Mais le métier est là, avec une réelle maîtrise que l’on retrouve dans les circonvolutions agitées du finale.

On attendait donc une lecture très mobile du concerto de Sibelius. Au début de l’allegro moderato, le violon émerge de la brume avec une belle retenue qui n’en est pas moins servie par une sonorité large et engagée. Très vite d’ailleurs, une tension apparaît que sert dans la densité une indéniable sûreté technique. Mais là s’arrête un choc émotionnel que l’on aurait voulu entendre embraser l’œuvre. La cadence est brillante mais son propos reste sommaire. La démonstration est impressionnante mais elle s’arrête là où commence le grand souffle qui rend une interprétation magistrale. L’adagio di molto est ample et lyrique, un peu boursouflé parfois mais stylistiquement complaisant. L’allegro, ma non tanto a du coffre : il va droit devant, avec une efficacité tranchante mais, malgré son engagement, n’emballe pas vraiment.

Du concerto de Sibelius, ce concurrent chinois nous fournit une jolie carte postale qui séduit à défaut de convaincre.

William Hagen (Etats-Unis, 22 ans) propose une lecture complète et cohérente de l’imposé. Belle vélocité du début : c’est droit, direct, volubile et pertinent dans son caractère fugace. La même tension règne sur la section lente mais y crée des atmosphères raréfiées, ténues et subtiles jusqu’à ce que le débit s’emballe à nouveau mais cette fois avec une intensité plus appliquée.

Beaucoup de lyrisme et de tenue dans l’énoncé du thème de l’allegro moderato du concerto de Tchaikovski : voilà une lecture cultivée d’une œuvre exigeante qui prend sa valeur propre au-delà de ses difficultés techniques. Celles-ci sont à ce point maîtrisées qu’elles propulsent et éclairent le discours au lieu de le charger et elles laissent le violon étaler un lyrisme chaleureux. La canzonetta devient alors une rêverie diaphane, toute en douceur : un frisson passe dans cette pure ambiance de nocturne. Tout se libère dans l’allegro vivacissimo même s’il n’a pas la fièvre des grandes versions. Exubérant, le violon batifole, survole les difficultés, s’autorise des allusions populaires ou des abandons ineffables pour ensuite s’envoler dans une imparable chevauchée conquérante.