Devant la chambre d’appel de Mons, une petite école libre de Lens joue à David contre Goliath

C’est l’histoire d’une école libre qui vit peut-être ses derniers jours. À Lombise, une section de la commune de Lens, l’établissement Saint-Vincent de Paul est menacé d’expulsion au 30 juin prochain, sans plan de secours pour accueillir sa soixantaine d’élèves et ses six enseignants.

Cette petite école a vu le jour en 1838, fruit de la charité toute chrétienne de la châtelaine locale, la comtesse de Thienne. Elle offre alors son bien, pourvu qu’on y enseigne les savoirs élémentaires et la foi catholique. Les congrégations religieuses se sont succédé à Lombise, jusqu’à la dernière sœur qui a quitté le village en 2009. Les murs de l’école n’ont pas changé en plus d’un siècle et demi. Les propriétaires des lieux, si.

Depuis 2011 les héritiers de la comtesse exigent un loyer de la part de l’ASBL qui pilote l’établissement scolaire. Deux mondes, très différents, qui se sont confrontés vendredi devant la chambre d’appel du tribunal de Mons. Qui possède les lieux ? Les frères Marc-Eric et Cyril Janssen de la Boëssière-Thienne. Héritiers de la vieille noblesse du Hainaut – les Thienne – et d’une puissante famille industrielle – les Janssen. Cyril est administrateur de la Financière de Tubize, actionnaire majoritaire de l’UCB, la grande entreprise pharmaceutique du Bel 20 fondée par son arrière-grand-père. Marc-Eric, lui, est notamment membre du conseil d’administration de Solvac. Tous deux ont hérité du splendide château de Lombise.

« Le siècle du business ! »

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«  C’est un dossier navrant, a plaidé Me Demolin devant la chambre d’appel. Des bénévoles qui se donnent corps et biens pour l’école font face à un mur de pouvoir et d’argent, qui décide que les actes de leurs aïeux ne valent rien. (…) Pourquoi ? Sans doute que ça ne rapporte rien, au siècle du business !  » Pas du goût des propriétaires, qui dénoncent par la voix de leur conseil Me Deschuyteneer «  une situation de spoliation, une expropriation de fait.  » «  Mes clients ne font pas œuvre philanthropique. Leur projet de créer des logements à caractère social, intergénérationnel, serait tout aussi bénéfique pour la commune  », précise l’avocate.

L’ASBL a été condamnée en première instance pour occupation les lieux « sans titre ni droit ». Le pouvoir organisateur fait valoir qu’il se trouverait dans une situation de commodat depuis 1838 : soit un prêt du bâtiment à titre gratuit, à la condition de fournir aux élèves un enseignement catholique. Une bataille juridique peu banale : «  En 40 ans de métier, je n’ai jamais plaidé pour un commodat  », a souligné l’avocat de l’ASBL. En tirant des informations de livres historiques, de discours, Me Demolin a cherché à prouver que les bâtiments ont été offerts par les ancêtres des frères Janssen, en échange de cette mission d’enseignement. Un enseignement qui se poursuit en 2015… «  Le commodat est toujours en cours.  » Faute de victoire sur ce plan, l’ASBL espère un délai pour trouver une solution de replis. Et rêve de pouvoir renouer des négociations avec les Janssen.

En face, Me Deschuyteneer a mis au jour plusieurs baux, ayant donné lieu au versement de loyers par les religieuses, depuis le milieu des années 1990, et jusqu’en 2009. «  Ainsi que le compte rendu d’une réunion de 1999 qui montre clairement que le pouvoir organisateur était conscient que la situation serait intenable après le départ des religieuses.  »

Arrêt attendu le 26 juin.