Pour une autre place Cockerill

« Place Cockerill
» veut notamment que la rampe d’accès à la passerelle ne soit pas supprimée au profit d’un escalier. © Michel Tonneau
« Place Cockerill » veut notamment que la rampe d’accès à la passerelle ne soit pas supprimée au profit d’un escalier. © Michel Tonneau - TONNEAU

Soumis actuellement à enquête publique, le projet d’aménagement de la place Cockerill et du quai sur Meuse situé devant la Grand Poste va-t-il réellement améliorer la mobilité et les espaces publics ?

«  Clairement non  », déclare la plateforme « Place Cockerill » créée par une dizaine de commerçants (PAX, Al Binète, La Diode…), des riverains, le Gracq, l’ASBL Urbagora et rejointe par la faculté d’architecture de l’ULg. À grand renfort de site internet, d’affiches et de rencontre-débat (1), le collectif monte au créneau pour dénoncer un «  projet décevant qui sacrifie l’espace public au profit du privé, augmente l’emprise des espaces dédiés à l’automobile en surface et rend plus difficile l’accès à la passerelle cyclo-piétonne, lien indispensable entre le centre-ville et Outremeuse  ».

Pour rappel, le projet qui fait aujourd’hui l’objet d’une demande de permis par le consortium privé Galiliège consiste en la construction d’un parking souterrain de 400 emplacements sous la place Cockerill et le réaménagement des espaces publics en surface, depuis la rue de l’Etuve jusqu’au Quai sur Meuse.

Premier constat : les deux accès aux parkings souterrains nécessitent deux voire trois bandes de circulation. C’est ainsi qu’au pied de la passerelle, un espace large de six bandes de circulation réduit les espaces publics et entraîne la suppression de la rampe d’accès à la passerelle au profit d’un escalier de 24 marches.

Les cyclistes et PMR venant d’Outremeuse devraient dès lors emprunter une nouvelle rampe d’accès de 8 % de déclivité dont la largeur est réduite de moitié et qui présente un virage à 180º et un autre de 90º. Ensuite, ils devraient traverser à deux reprises trois bandes de circulation pour rejoindre la rue de la Régence qui mène au centre-ville.

«  C’est un important recul par rapport à la situation actuelle pour une ville qui se prétend pilote en matière de politique cyclable  », déclare Nicolas Javaux, travailleur chez Pax et porte-parole de la plate-forme.

Deuxième constat : place Cockerill, près de la moitié de l’espace public est utilisée pour les accès piétons et routiers au parking avec une rampe hélicoïdale de 28 mètres de diamètre et un mur d’un mètre quatre-vingt de haut. «  Tout cela nuit aux commerces voisins et aux usagers de la place. Alors que de nouvelles voiries sont créées pour les voitures, il n’y a aucune bande pour les vélos. Quant aux piétons, leur cheminement est entravé par une série de traversées  », poursuit Nicolas Javaux.

«  Ce parking souterrain est soi-disant destiné à enterrer les voitures, il les aspire en créant des désagréments pour les usagers actuels de la place. Aujourd’hui, les Liégeois peuvent utiliser leur carte ‘riverains’ pour se garer. Demain, ce sera un parking privé avec un autre tarif, moins avantageux  », remarque Hélène Van Ngoc, membre d’Urbagora.

La plateforme « Place Cockerill » réclame donc un autre projet d’aménagement public avec un concours d’architecture à la clé. Elle s’oppose au projet même de parking souterrain. «  Quand on sait que les parkings privés aux alentours sont loin d’être saturés et que la Ville entend développer les parkings de délestage en périphérie reliés au centre-ville par le tram ou le bus, construire un parking de 400 places au centre-ville est une ineptie, poursuit Nicolas Javaux. Il existe d’autres solutions en matière de stationnement comme envisager d’utiliser les parkings d’Ethias ou de Liège 1 le week-end. Pourquoi ne pas avoir étudié la faisabilité d’un parking derrière la Grand Poste sous la parcelle Florimont ? Pour cela, il faut une vision globale et non juste un projet parcellaire conçu par un consortium privé dont l’intérêt ne dépasse pas la valorisation des accès à son parking  ».

Alors que l’enquête publique se termine bientôt, la plate-forme entend sensibiliser, au-delà des commerçants et riverains, l’ensemble des Liégeois concernés par ce nœud de mobilité en plein centre-ville. Elle compare déjà son combat à celui mené, à Bruxelles, contre le parking des Marolles.

(1) www.placecockerill.be