Patrick Vandenbosch: «Belga Films va produire deux à quatre films par an»

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Oui, il existe un point commun entreLa famille Bélier, Hunger Games, Le dîner de cons etBelle et Sébastien. Tous ces films ont en réalité été distribués dans le Benelux par la société Belga Films (leader du marché avec 17 % de parts de marché).

Son patron, Patrick Vandenbosch, exerce un métier de l’ombre : distributeur de films. Son job ? Acheter les droits de longs-métrages puis négocier avec les cinémas, les chaînes de télé, ou les marchands de DVD pour que le film soit diffusé le plus largement possible.

Patrick Vandenbosch doit donc détecter les perles rares sur base des scénarios qu’il reçoit, remettre une offre pour obtenir les droits du film (entre 1,5 % et 3 % du budget), puis commercialiser son nouveau bébé. Un métier où il faut surtout avoir du flair.

Du flair, vous en avez ?

Il faut une certaine expertise, mais elle se construit avec le temps, depuis plus de 25 ans en ce qui me concerne. Je suis la quatrième génération d’une famille qui a développé cette expertise, puisque notre société a été fondée en 1937 par mon arrière-grand-mère.

800 films au compteur depuis 1937. Ça fait 15 films par an, en moyenne. Peu ?

On essaye de se limiter à un rythme de 15-20 sorties cinéma par an. Parce qu’il y a aujourd’hui un nombre incroyable de sorties. Il y a 20 ans, il y avait entre 200 et 250 films qui sortaient chaque année en Belgique. Nous sommes maintenant au-delà des 450 films. Ça fait beaucoup de films pour peu d’écrans. Nous essayons donc d’être sélectifs et de canaliser nos sorties.

Quelle est l’activité la plus lucrative : cinéma, télé, DVD ?

Le cinéma continuera toujours à créer la notoriété d’un film. C’est une activité qui génère moins en termes de marge, étant donné les efforts consentis au niveau du marketing et des frais d’édition, mais elle permet de maximiser l’exploitation des autres droits. Au plus on construit cette notoriété en amont grâce au cinéma, au plus le film est susceptible de générer des recettes sur le digital, la vidéo, et de l’audience en télé.

Sur l’ensemble des recettes générées pour un film, quel est le poids du cinéma ?

On est à plus ou moins 15 % pour le cinéma. La vente des DVD, c’est environ 20 %, mais on était à 40 % il y a quelques années. Et le solde est réparti entre les opérateurs digitaux, la télé gratuite et la télé payante.

Comment gérez-vous l’arrivée de Netflix et ses vidéos à la demande sur abonnement ?

On a des accords avec Netflix. Notre priorité, c’est de maximiser et de contrôler la chronologie des médias dans son ensemble. Toutes les fenêtres doivent être respectées. D’abord la sortie cinéma. Quatre mois plus tard, la vidéo à la demande. Un an après la sortie cinéma, vous avez la pay-TV. Et deux ans après la sortie cinéma, le passage sur la télé gratuite.

Le DVD a-t-il encore un avenir ?

C’est un marché de niche. Je ne pense pas qu’il soit voué à disparaître d’ici peu. Mais il y a un autre mode de consommation qui se développe aujourd’hui avec la vidéo à la demande (VOD).

Les films dont vous avez les droits, ils finissent sur RTL ou sur la RTBF ?

Nous avons un accord privilégié avec RTL. Un accord qui date de plus de 15 ans. RTL est censé prendre l’ensemble des programmes que nous distribuons pour les diffuser deux ans après la sortie cinéma.

Comment RTL vous rémunère ?

La valeur des droits est liée aux performances cinéma.

« On va adapter Blake et Mortimer »

Vous voulez construire des salles de cinéma. 8 à Dockx (Bruxelles), 6 à la Médiacité (Liège). D’autres projets ?

Il y a plusieurs projets dans des villes clés. Notre objectif n’est pas de concurrencer directement Kinepolis. C’est plutôt de créer une nouvelle expérience cinéma, pour répondre à la demande d’un public qui ne souhaite pas uniquement aller voir un film. Chez nous, il sera pris en charge en amont avec un service restauration. Ensuite, il y aura l’expérience cinéma. Et derrière, pour ceux qui veulent prolonger la soirée, on continue avec différentes ambiances lounge ou DJ par exemple. Au Dockx, notre premier cinéma ouvrira ses portes en octobre 2016 (6 millions d’euros d’investissement, NDLR).

Après Liège et Bruxelles, d’autres villes ?

Nous sommes en prospection. Nous avons quelques contacts et des accords confidentiels qui sont signés dans quelques villes clés. Avec le même concept à chaque fois. Mais c’est un peu tôt pour vous en dire plus.

Vous vous lancez aussi dans la production…

On a pas mal de projets en développement. On a par exemple acheté les droits d’adaptation de « La marque jaune » de Blake et Mortimer. On a aussi acheté les droits du « Livre sans nom », un livre culte en Angleterre. Des scénaristes sont en train d’écrire l’adaptation. Même chose pour le roman « La formule de Dieu », un thriller scientifique qui sera mis en production l’année prochaine aussi.

Quelles sont vos ambitions ?

Produire deux à quatre films par an. Mais pas en langue française, car nous misons plutôt sur du contenu européen, pour l’exporter sur la scène internationale.

Quid du tax shelter ?

On a créé une société de tax shelter pour compléter le financement des films que nous produisons ou coproduisons. Mais on fera toujours appel aux autres opérateurs de tax shelter pour le financement de ces contenus-là.

Combien avez-vous récolté depuis que vous vous êtes lancés dans le tax shelter en 2014 ?

Nous sommes en phase avec nos objectifs, même si la loi était un peu floue, ce qui a ralenti certains projets au départ. Sur la première année, on a levé environ 5 millions d’euros. Et le premier film que nous coproduisons avec un apport tax shelter, c’est « Le tout nouveau testament » de Jaco Van Dormael, qui sort la semaine prochaine.