Lutgen : le bio est en plein boom

La tendance n’est pas neuve, elle ne fait que s’accentuer. Pour la cinquième année consécutive, les indicateurs de l’agriculture biologique en Wallonie sont à la hausse. Plus 80 % d’agriculteurs en cinq ans et des superficies plus que doublées (+ 110 %) sur la même période. En 2010, il y avait 884 exploitations, totalisant 44.878 hectares. La Flandre fait beaucoup moins bien : 3.659 ha en 2009.

Certes, cela ne représente encore que 6 % de la superficie agricole totale au sud du pays. Et la toute grande majorité des produits bio achetés en Wallonie et à Bruxelles sont toujours importés (80 %). Il n’en reste pas moins que, palier par palier, le bio local est sorti de la marginalité pour devenir une filière à part entière. « On arrive à un seuil intéressant, explique le ministre wallon de l’Agriculture, Benoît Lutgen (CDH). Au-delà des campagnes de promotion et du changement de comportement des consommateurs, il y a, au sein du monde agricole, un effet de contagion. Le bio, ce n’est plus seulement une activité avec laquelle on vit vaille que vaille. C’est désormais aussi synonyme de réussite pour beaucoup. On peut en vivre durablement, pour autant qu’on allie professionnalisme en termes de gestion, formation et rigueur. » Ce ne sont pas des nouveaux arrivants dans la profession, mais bien un nombre croissant d’agriculteurs déjà installés qui font le choix du mode de production biologique, plus contraignant (pas de pesticides, pas d’engrais chimiques…). La reconversion est soutenue par la Région, mais n’est effective qu’au bout de deux années de transition au terme desquelles le label bio peut être octroyé.

Même depuis deux ou trois ans si l’offre de bio progresse plus rapidement que la demande, le secteur est loin de parvenir à faire face à l’augmentation de la consommation. « Importer du bio ? C’est un contresens environnemental, s’exclame Lutgen. C’est pourquoi nous devons appuyer sur l’accélérateur. » Un demi-million d’euros par an au profit des grandes cultures viendra dès 2011 s’ajouter aux subventions dont bénéficie le secteur (voir ci-contre).

En aval de la production, l’enjeu est aussi de développer des filières de transformation et de distribution, notamment pour pouvoir atteindre les collectivités (écoles, crèches, maisons de repos, cantines des administrations…) mais aussi pour convaincre la grande distribution. A l’heure actuelle, 50 % des achats bio sont réalisés à la ferme, dans des points de vente collectifs ou dans des ventes en tournée.

« L’accroissement de la production va nous permettre de constituer des filières avec des coopératives, poursuit Lutgen. Les produits wallons transformés, par exemple les plats préparés, sont encore trop peu présents dans les grandes surfaces. Mais là aussi, la valeur d’exemple s’imposera. La proximité et la qualité des produits sont deux arguments commerciaux majeurs. Le bio de proximité a une plus grande valeur environnementale : cela doit devenir un argument de vente primordial. Dans les collectivités, le bio progresse, mais pas assez rapidement. » Imposer une part minimale de bio dans les collectivités ? « Il faut d’abord viser la provenance wallonne, dit Lutgen. Le bio ? J’y tiens, mais à court terme il n’est pas possible de l’imposer. »

Jusqu’où faut-il développer le secteur ? Pragmatique, Lutgen suggère « d’abord de répondre à la demande, y compris celle de la Flandre qui est un important débouché pour les agriculteurs wallons ». L’accroissement de la production au sud du pays aura en tout cas une autre vertu : celle de rendre les prix du bio « plus attractifs », souligne le ministre.

A l’automne prochain, la Wallonie entamera la mise en place d’un plan stratégique pour soutenir la filière bio à l’horizon 2020. Identifier les obstacles, explorer les pistes de diversification, analyser les filières de commercialisation, notamment dans la restauration collective… « Après avoir étudié tout cela, il s’agira de se donner des objectifs et de prévoir des moyens financiers. »