ALBERIC DE SAEDELEER,BRUXELLOIS NON PEUT-ETRE UN ETERNEL ETUDIANT DE CENT ANS

Albéric De Saedeleer, Bruxellois non peut-être

Un éternel étudiant de cent ans

La Compagnie intercommunale bruxelloise des Eaux célébrait hier le centenaire de son ancien collaborateur Albéric De Saedeleer, quasi contemporain de la CIBE née en 1891.

Malgré son prénom latin et moyenâgeux, Albéric est un Ostendais de pure souche et un homme du XXe siècle : un esprit scientifique tempéré d'humanisme. Issu d'une famille ouvrière, il a fait toutes ses études en français, à l'athénée d'Ostende et à l'Université de Gand.

Lorsque la Première Guerre éclate, il vient de finir ses humanités et il s'engage aussitôt.

- Plus qu'Ostendais ou aujourd'hui Bruxellois, je me sens Belge. Je me suis engagé pour défendre l'identité et l'indépendance des gens.

La guerre finie, il obtient son diplôme d'ingénieur et entame sa carrière dans un bureau d'études, puis à la Société belge des Bétons. Il émigre à Bruxelles dans les années 20.

- Je me suis installé chez une de mes soeurs, à Watermael-Boitsfort, et je suis devenu inspecteur général du service de l'Hygiène de Bruxelles-Ville, puis du Service des eaux, en 1928.

Lorsque ce dernier fusionne en 1933 avec la CIBE, il est chargé de la construction d'un réservoir et de l'usine de refoulement du Mutsaert, toujours en service, qui devait alimenter l'Exposition de Bruxelles de 1935. Jusqu'en 1962, il contribuera à la construction de plusieurs installations de captage.

Il vivra la Seconde Guerre mondiale du côté des civils, participant sans que ses collègues s'en doutent aux services de renseignements de la Résistance et profitant de son autorisation de circuler en voiture pour apporter de la nourriture à des familles dans le besoin. Le destin l'a mal récompensé, puisqu'un bombardement allié a entièrement détruit sa maison à Forest !

Depuis sa retraite en 1962, Albéric De Saedeleer a entamé une seconde carrière d'éternel étudiant, qu'il n'envisage pas d'interrompre. Son quotidien est fait de promenades dans son quartier forestois, de repas avec sa fille - il est veuf depuis 1974 - et de lecture puisée dans le millier d'ouvrages scientifiques et techniques de sa bibliothèque personnelle. Féru de mathématiques, il a consacré 60 ans de recherche à l'énigme que représente depuis le XVIe siècle le théorème de Fermat.

Son esprit scientifique et son altruisme l'ont intégré dans son époque et sa philopsophie le résume tout entier quand il répond modestement aux éloges «J'ai essayé d'être un homme correct, c'est tout».

PASCALE CARRIER