BROUILLARD D'HISTOIRE ET DE LEGENDE DANS LES BOIS DU CENTRE DE DELASSEMENT Y A-T-IL EU DES TEMPLIERS MARCINELLOIS?

Brouillard d'histoire et de légende dans les bois du Centre de délassement

Y a-t-il eu des Templiers marcinellois ?

En toute sincérité, on ne peut leur promettre le fameux trésor des Templiers. En revanche, s'ils n'y sont déjà initiés, les promeneurs curieux qui auront, à la belle saison, la bonne idée de découvrir les charmes des bois de Marcinelle ne seront pas déçus par une petite merveille archéologique invitant aux rêveries moyenâgeuses. Des générations de gamins du coin ont escaladé ce gros talus rocheux, calé entre les lits de deux ruisseaux, et ont trouvé, dans cet entrelacs de vieilles pierres, d'histoires, de légendes et de verdure, un décor de jeu à la mesure de leur imagination.

C'est un des attraits du Centre social de délassement, et de son domaine de quelque 150 ha d'espace boisé, aux confins de Loverval et de Nalinnes. Gilbert Janti, directeur du Cercle d'histoire et d'archéologie de Marcinelle (Cham) rappelle qu'en 1875, le chroniqueur local Clément Lyon évoquait cet endroit comme un des buts favoris de promenade des Carolorégiens. Il faut, pour s'y rendre, suivre le ruisseau du Try d'Haies. Ce sentier, déjà fréquenté par nos aïeux préhistoriques, est connu sous le nom de «chemin des Timplis». Premier indice, qui ne vaut que ce qu'il vaut...

Que trouve-t-on, au prix d'une grimpette, au sommet de cette butte rocheuse ? Des rangées de pierres, des pans de murs, des traces d'industrie, vestiges de ce qui fut une ferme assez singulière au début de notre millénaire. Le site comprenait une petite chapelle dont l'abside ronde était tournée vers le soleil levant. Il en demeure des morceaux de murs faits de pierres cimentées par un mélange de chaux et de sable; l'édifice d'origine avait été prolongé en matériaux plus grossiers, sans doute pour permettre aux villageois de Loverval de venir assister aux offices. Un sentier de quelques mètres mène à la ferme.

DÉPENDANCE DE LOBBES ?

Dans ce qui devait être une cuisine équipée il y a mille ans, on a retrouvé les pierres réfractaires d'un ancien four. Un petit escalier donne accès à un étage sous comble, certainement à usage de grenier. Dans une cave, on découvre un puits profond de plus de quatre mètres; le trou est l'oeuvre de la nature, mais les habitants s'en sont servis comme frigidaire. Des activités métallurgiques sont attestées dans un espace atelier, lequel jouxtait un ensemble porcherie-bergerie. Au-dehors, des enclos pouvaient abriter des troupeaux.

En contre-bas de la butte, l'affluent du Try d'Haies était contenu par des barrages, formant un bassin propre à la pisciculture : la hauteur des ouvrages d'art laisse penser que la force hydraulique était utilisée pour actionner un gros marteau à usage métallurgique.

L'intéressant petit musée du Cham, au Centre de Délassement, permet d'admirer des pièces de monnaie retrouvées sur les lieux, et les ossements de sept corps exhumés à côté de la chapelle. Ces gens avaient été enterrés sans cercueil ni parure, suivant la tradition monastique. L'endroit était sans nul doute habité par une communauté religieuse. Peut-être une «antenne» de l'Abbaye de Lobbes, destinée à la pourvoir en poisson et autres denrées agricoles, mais aussi à lui assurer un refuge - une «sauveté» - lors des razzias perpétrées par les Normands et autres barbares furieux.

TOUJOURS DES QUESTIONS

Le mot « Timplis» n'est pas le seul à laisser songeur. L'appellation «Sarrazins », attachée aux grottes avoisinantes et à la chapelle, conforte la thèse d'une occupation «exotique». La construction de la ferme, au début du Xe siècle, est certes antérieure à la création de l'Ordre du Temple, « officialisé» en 1128 au Concile de Troyes, et à son implantation dans nos contrées. Certains se plaisent néanmoins à imaginer que cette exploitation agricole a pu dépendre un moment de la Commanderie de Bitronsart, actuellement Bertransart, à Gerpinnes.

L'histoire de cette ferme connut son terme par un incendie. Les lecteurs de Maurice Druon et de ses «Rois Maudits», seraient tentés d'y voir un épisode du procès et du martyre des Templiers. Mais, chez nous, les Chevaliers de l'Ordre n'auraient pas été victimes de telles exactions. La légende veut que la ferme ait été pillée et ses occupants massacrés par le seigneur local Raymond, pour laver l'honneur de sa fille Mathilde, livrée à la libido des moines-soldats qui - c'est avéré - n'ont pas toujours respecté à la lettre leur voeu de chasteté.

Des points d'interrogation subsistent. C'est tant mieux.

DENIS GHESQUIÈRE

Musée Pro Cultura, avenue des Muguets 16, 6001 Marcinelle (071/362289 poste 12)