Gembloux réinvente l’agriculture

<P><AMORCE>Eric Haubruge</AMORCE> , vice-recteur : « L’agriculteur est un producteur de nourriture et un façonneur de paysages, pas un pétrolier ! » <CREDIT>© ASAP/BRUNO ARNOLD</CREDIT>. </P>

Eric Haubruge , vice-recteur : « L’agriculteur est un producteur de nourriture et un façonneur de paysages, pas un pétrolier ! » © ASAP/BRUNO ARNOLD.

- ARNOLD

ENTRETIEN

Nom de code : « Terra ». Objectif : réinventer l’agriculture wallonne à l’aune des nouveaux défis de la politique européenne dans le secteur. Le projet que va développer d’ici 2014 Gembloux Agro-Bio Tech (le nouveau nom des Facultés de Gembloux) est ambitieux. Le niveau d’investissement (20 millions d’euros environ) autant que les moyens humains (près de 200 chercheurs dont plusieurs dizaines de nouveaux contrats) sont à l’image des objectifs du vice-recteur Eric Haubruge.

Le projet est-il en passe d’aboutir ?

Certainement, le conseil d’administration de l’université vient de confier au bureau d’architectes Verhaegen le soin de concevoir les laboratoires au départ des premières esquisses. Nous lui avons notamment demandé de créer des bâtiments à la pointe en matière énergétique. L’objectif est de terminer les constructions en 2014.

Dans quel contexte Gembloux lance-t-il le projet Terra ?

En cherchant à répondre à cette question : comment valoriser au mieux la biomasse dans un contexte où l’on demande à l’agriculture de produire non seulement de la nourriture mais aussi de l’énergie ? C’est tout le défi de la bioéconomie : c’est-à-dire valoriser la production agricole en respectant l’environnement et en assurant la rentabilité.

Plus de cultures intensives ?

On peut intensifier tout en respectant l’environnement. Si un végétal donné est capable de produire quatre fois plus à l’hectare – ça existe et ce n’est pas nécessairement un OGM –, on peut diminuer les surfaces qui lui sont consacrées et par la même occasion augmenter la biodiversité. La nouvelle Politique agricole commune européenne (PAC) s’inscrit largement dans cet esprit : elle repose sur le principe du « greening », du verdissement, avec les prairies permanentes, la diversification des cultures, la généralisation des haies. Nous, université, pouvons tester de nouveaux modèles, ce n’est pas à l’agriculteur de le faire.

Cherchez-vous à résoudre des problèmes éthiques…

L’image de l’agriculteur qui vit sur des subsides est trop présente dans le grand public. Il faut rendre sa vraie valeur au métier. Par ailleurs, produire des céréales à but énergétique ça pose un vrai problème en regard des milliers de personnes qui chaque jour meurent de faim. L’agriculteur est un producteur de nourriture et un façonneur de paysages, pas un pétrolier ! Par contre, les sous-produits peuvent avoir une destination énergétique. C’est la philosophie de notre démarche à Gembloux. Une philosophie qui fait également appel aux nouvelles technologies. Un exemple : grâce au wi-fi, dans les champs, on pourra commander des cellules d’arrosage et ainsi restreindre la consommation d’eau.

« Terra » en quelques mots…

C’est en réalité un ensemble de trois plateformes : « Food is life » (la recherche au service de l’industrie agro-alimentaire), « Environnement is life » (on teste de nouveaux modèles d’agriculture en laboratoire) et « Agriculture is life » (on les teste sur le terrain à Gembloux). (NDLR : détails ci-dessous). Ces projets font appel à des recherches multidisciplinaires avec des spécialistes en agronomie, en botanique, en climatologie, en chimie, en économie, en pharmacie…

Quel intérêt pour l’agriculteur ?

On cherche à répondre très concrètement à différentes questions : quelles cultures faut-il associer, quelles caractéristiques donner aux bandes enherbées, comment améliorer la fertilité, comment alterner cultures et élevages, comment tirer une haute valeur ajoutée de l’agro-foresterie… ? Avec en toile de fond une certitude : le bon modèle, d’un point de vue environnemental et économique, c’est celui qui associe la culture et l’élevage, bref c’est « l’agriculture ».