La loi du silence perdure

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William Levada, patron du Saint-Office, est l’auteur des recommandations. © PIER PAOLO CITO/AP.

- AP

Pédophilie : le Vatican exige que les suspects soient déférés à la Justice »… Les communicateurs du Saint-Siège ont réussi, lundi, à convaincre les agences de presse d’un prétendu durcissement des autorités ecclésiastiques face au scandale des abus sexuels sur mineurs perpétrés par des prêtres ou des religieux.

En réalité, les consignes romaines restent particulièrement vagues : il n’est absolument pas question d’une dénonciation obligatoire des faits de pédophilie aux autorités civiles, comme il n’est toujours pas question d’indemniser les victimes.

Pas de dénonciation d’office

La loi du silence a manifestement de beaux jours devant elle… Les directives aux évêques rendues publiques, lundi, par les gardiens de la doctrine catholique restent très prudentes : contrairement à ce qu’annonçaient la plupart des agences de presse, le Vatican n’ordonne nullement aux évêques de déférer systématiquement à la Justice les prêtres ou les religieux soupçonnés de pédophilie.

La lettre circulaire adressée aux évêques les incite juste à « tenir compte de la législation du pays où se trouve la Conférence épiscopale, en particulier en ce qui concerne l’éventuelle obligation d’informer les autorités civiles ». En d’autres termes, nous confirme le sénateur CD&V Rik Torfs, professeur de droit canon à la KUL, là où la loi ne prévoit pas de dénonciation obligatoire de ces crimes, les évêques restent libres de saisir ou pas la Justice.

« Pas question, non plus, de remettre en cause le secret de la confession », poursuit Rik Torfs : le prêtre qui a reçu en confession les aveux d’un clerc pédophile ne peut divulguer ce crime, comme en dispose le droit canon.

En Belgique, selon les chiffres communiqués au Parlement par la Conférence épiscopale, 30 % des cas de prêtres pédophiles recensés par l’Eglise, depuis les années 1960, n’ont jamais été transmis aux parquets concernés. La loi du silence a particulièrement sévi dans certains diocèses, comme celui de Tournai (66 % de cas non traités par la Justice ou la police) ou de Malines-Bruxelles (50 % des cas non transmis). Les nouvelles recommandations ne changent guère la donne.

Autre motif d’insatisfaction des associations de défense des victimes : la lettre vaticane reste muette sur l’indemnisation des victimes. Les recommandations du palais du Saint-Office appellent tout au plus les évêques à « s’engager à fournir une assistance spirituelle et psychologique aux victimes ».

L’Eglise romaine rejette la responsabilité des éventuels dédommagements sur le seul auteur des faits : la lettre circulaire précise ainsi que les prêtres seront informés « du dommage causé à la victime d’abus sexuels par un ecclésiastique et de sa responsabilité au plan canonique et civil ».

Les évêques du monde ont jusqu’à « la fin du mois de mai 2012 » pour faire parvenir au Saint-Office des directives adaptées à chaque pays… « Rien n’empêche la Conférence épiscopale de Belgique d’aller au-delà des recommandations du Vatican, en établissant l’obligation de signalement à la Justice, sans attendre pour la cause mai 2012 », réagit Karine Lalieux (PS), présidente de la commission parlementaire spéciale sur les abus sexuels.