UNE ECOLE PRIVEE D'UCCLE FERMEE CONTRE TOUTE ATTENTE:SPECULATION IMMOBILIERE?LE DERNIER SOUFFLE EXPRESS DU PLEIN AIR

Une école privée d'Uccle fermée contre toute attente: spéculation immobilière?

Le dernier souffle express du Plein Air

Votre enfant est déjà inscrit pour septembre. Vous partez en vacances, relax. Et puis douche froide: sans prévenir, votre école ferme!

Inexplicable, sidérant, scandaleux, cynique. Les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier l'attitude du conseil d'administration de l'école Plein Air, une école libre subventionnée non confessionnelle installée au no 65 du Dieweg, à Uccle. Voilà donc un pouvoir organisateur qui organise... la fin de l'école, en catimini, sans en toucher un mot ni aux enseignants ni aux parents des élèves!

Mercredi, dernier jour de l'année scolaire, la directrice et les enseignants avaient été conviés au traditionnel drink qui précède les vacances. Chacun bavardait, tirait des plans sur l'avenir.

- Il faudrait me remplacer mon tableau, lançait une institutrice.

- Ce sera fait, lui répondit-on.

UN SILENCE SUSPECT

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes scolaires. Déjà de nombreux parents avaient réinscrit leurs bambins pour la rentrée de septembre dans cette école qui compte 250 élèves plus 80 à l'internat du «Pensionnat Laïc», ce qui représente quatre classes maternelles et huit classes primaires.

- C'est pendant ce cocktail que l'administratrice-déléguée de l'ASBL «École Plein Air Nouvelle», Jacqueline Delahaut, m'a demandé de la rejoindre après la réunion, explique la directrice de l'école, Jacqueline Lombard. C'est alors que j'ai appris que le conseil d'administration avait décidé de fermer l'école.

C'est le désarroi au sein du corps professoral, qui compte dix-sept professeurs définitivement nommés et quelques temporaires. Rien ne laissait présager cette fermeture. La stupeur est encore plus grande chez les parents d'élèves qui n'ont pas été officiellement avertis et qui ont appris la nouvelle soit par la radio, qui l'a annoncée hier matin, soit par le bouche à oreille.

Alors que ses représentants faisaient des ronds de jambe au drink du 30 juin, le conseil d'administration avait déjà envoyé des lettres recommandées aux professeurs. Ceux-ci les ont reçues jeudi matin. «Nous sommes au regret de vous annoncer que, confrontée à un ensemble de circonstances excluant la possibilité pratique de poursuivre toute activité, l'ASBL École Plein Air Nouvelle a pris la décision de mettre définitivement fin à l'ensemble de ses activités d'enseignement et de fermer son établissement scolaire.» Aucune explication supplémentaire.

- Mme Delahaut m'a expliqué que deux pavillons datant de l'expo 58 et servant de classes maternelles étaient en mauvais état, révèle Mme Lombard. Et que leur réparation coûterait, selon le devis d'un entrepreneur, près de 40 millions de francs, somme que ne possède pas l'ASBL, qui a choisi la solution de la fermeture.

En savoir plus? Impossible! Le recommandé précise que «Mme Delahaut sera absente du 2 au 26 juillet». Il n'y a plus personne à l'école même. Et l'avocat de l'ASBL ne répond pas. Ce silence voulu est évidemment suspect. Et suscite une hypothèses, invérifiée jusqu'à présent: le pouvoir organisateur a-t-il fait de la spéculation immobilière? A-t-il vendu son terrain à un investisseur? Le site est en zone d'habitat, mais, dans ce quartier d'Uccle, le terrain à bâtir atteint de belles sommes.

- Les bâtiments en dur comptent encore des classes vides qui pourraient remplacer sans problème les pavillons prétendument vétustes, précise Jacqueline Lombard.

La vétusté des deux pavillons ne serait donc qu'un prétexte pour fermer l'école. Alors, juteuse opération?

«DU JAMAIS VU»

Personne cependant n'est décidé à laisser aller les choses. La Fédération de l'enseignement libre subventionné indépendant (Felsi), qui représente en fait le pouvoir organisateur, a cependant déjà décidé de se désolidariser de l'action de Plein Air.

- Nous ne pouvons pas défendre un pouvoir organisateur qui utilise des procédés de ce type, peste le secrétaire de la Felsi M. Van Deuren. Mais nous allons essayer de sauver l'école et les professeurs.

La CGSP-enseignement a déjà mis les bouchées doubles pour défendre les victimes de ce que son secrétaire régional Robert Manchon appelle «du jamais vu à Bruxelles». Et le cabinet de l'Éducation suit attentivement un dossier que le ministre Di Rupo qualifie de dramatique. Pour les enseignants, comme pour les élèves.

Professeurs et parents d'élèves sont en tous cas décidés à agir. Tout de suite. Comment? Par exemple en occupant les locaux, comme des travailleurs devant l'abandon de l'outil.

JEAN-CLAUDE VANTROYEN