Les SMS litigieux de Laurent Louis (PP)

MARC METDEPENNINGEN

vendredi 28 janvier 2011, 08:33

Exclusif Un bureau politique extraordinaire du PP se réunit vendredi matin, avec à l’ordre du jour, l’exclusion quasi-inéluctable de Laurent Louis. Le seul député du parti fait l’objet d’une plainte pour harcèlement. Par Marc Metdepenningen

Les SMS litigieux de Laurent Louis (PP)

(Belga)

Un bureau politique extraordinaire du Parti populaire (PP) se réunit vendredi matin à 10 h. A son ordre du jour : l’exclusion du Parti, devenue quasiment inéluctable de son seul député, Laurent Louis, élu-surprise du PP aux élections du 13 juin dernier, grâce aux mystères de l’apparentement. Laurent Louis fait l’objet d’une plainte pour harcèlement introduite auprès de l’Auditorat du Travail et du Parlement par Sophie Colignon, son ex-attachée parlementaire. Sa plainte se fonde notamment sur un abondant échange de SMS dont nous publions en exclusivité quelques extraits significatifs.

La révélation par Le Soir du lundi 23 janvier de l’existence de cette plainte pour harcèlement a incliné le député Laurent Louis à déposer une plainte auprès du parquet de Bruxelles à l’encontre de deux journalistes de votre quotidien. Il s’en prend aussi à un journaliste de la Dernière Heure, auteur d’un article publié le mercredi 25 janvier, ainsi qu’à son président de parti, Mischaël Modrikamen (auquel il reproche notamment de l’avoir traité de « petit con ») et le conseiller juridique du PP Didier de Ketelaere.

Laurent Louis a adressé plusieurs dizaines de SMS à son ex-attachée parlementaire. Il s’agirait de communications normales, s’agissant d’une relation de travail. Ces SMS, dont le listing a été transmis à la Justice, révèlent des tentatives d’intrusion dans la vie privée de Sophie Colignon et semblent dépasser le cadre normal des échanges nécessités par la fonction de l’un et l’autre.

Le 2 septembre 2010 à 18h04, il adresse ainsi un long SMS à son attachée parlementaire, empli de sous-entendus très privés : « Je suis un peu gêné mais je pense que je devais te dire ce que j’ai essayé de te dire. Bizarre la formulation, mais bon… C’est pour ça que je pense qu’il est mieux de travailler dans des bureaux différents, même si c’est à contrecœur. Tu vois, tu as encore fais une victime. Un de plus à qui tu auras fait tourner la tête. Que cela ne change rien à notre relation de travail surtout, ce serait dommage ! (…) A demain. J’espère que tu ne m’en voudras pas. Message à détruire dans les 30 secondes ! »

Un autre SMS, envoyé le 6 septembre 2010 à 18h48 rend compte de l’irritation (de la jalousie ?) de Laurent Louis. Il écrit : « Sophie, je suis très surpris de te voir quitter si vite le bureau en compagnie de Jérôme. Tu sais que je n’aime pas du tout ce type et qu’il est à 100 % contre moi »

Le lendemain, il invite la jeune femme : « Demain, ça te dirait de faire un peu de shopping… ??? Question de prendre un peu l’air pour bien aborder la semaine prochaine. Qu’est ce que t’en dis ? ».

Dans ses SMS, Laurent Louis qualifie son attachée parlementaire de « chaperon rouge ». Le 22 septembre, à 19h56, il lui explique : « Cette journée m’aura au moins permis de trouver ton surnom… Je t’imagine bien en chaperon rouge avec ton accent à la jodoignoise ».

Il l’appelle aussi « Princesse Sophie » et ne cesse de lui expliquer ses problèmes conjugaux nés de sa relation espérée avec son attachée parlementaire. Le 30 octobre 2010 à 14h11, il s’excuse ainsi auprès de sa collaboratrice : « Je n’ai pas été juste. Je ne pensais pas moi-même ce que j’ai dit.(…) Je pense que Cathy (NDLR : son épouse) et moi allons nous séparer. C’est devenu infernal. Tu as raison, elle est un frein à mon développement politique ! C’est insurmontable. Depuis hier, elle n’a qu’une seule idée : tu vires Sophie ou je te quitte. J’ai été faible (c’est dur de se dire qu’on va se retrouver tout seul…) et je m’en excuse auprès de toi. J’ai envie de retrouver ton amitié. Je ferai tout pour réparer ce que j’ai cassé. Pardon Sophie. Je m’en veux de t’avoir fait de la peine ! Pas de stress, j’ai compris et je ne céderai pas à ce chantage… Je te laisse. Je ne veux plus te déranger ».

Sophie Colignon, soumise aux messages très privés de son député, se révolte. Le 8 novembre, elle lui adresse un SMS qui fait montre de son exaspération : « Je viens de voir ton message. Un jour tu t’excuses, un jour tu m’incendies. J’en ai ras le bol. On en parlera au bureau. Pas envie de t’entendre monter le ton. »

Mais Laurent Louis persiste. Le 10 novembre 2010, à 22h21, il se retourne à nouveau vers son attachée parlementaire qu’il assaille de ses messages très personnels. Il revient sur ses problèmes conjugaux : « Sophie, pourrions nous nous voir demain ? Suite au comportement de Cathy (NDLR : son épouse) je dois prendre une décision. Elle me rend fou, rien n’est jamais assez… Tu es la seule à pouvoir m’aider. J’ai confiance en toi. Tu auras remarqué que j’ai tout fait pour arranger les choses, même être odieux avec toi et je l’en veux vraiment car je n’en pensais rien mais trop c’est trop. Je suis vraiment gêné et honteux. J’aimerais en parler avec toi, j’ai besoin d’aide et de ton amitié si tu veux encore de la mienne… Encore toutes mes excuses ».

Le 26 novembre à 18h01, le député Laurent Louis lance à son attachée parlementaire : « Tu as toute mon amitié et je t’aime beaucoup… Peut-être même un peu trop ».

Les relations finissent par définitivement s’envenimer. La jeune femme, insensible aux messages doucereux de son député l’invite à faire preuve de plus de bon sens dans sa communication, à retirer de Facebook qu’il, selon elle, « utilise comme un mur des Lamentations » des posts nuisibles à son image. Au terme d’un échange serré daté du 19 janvier, Sophie Colignon conclut ainsi sa « conversation SMS » avec Louis Laurent : « Dans le fond, il vaut mieux que tu laisses ce post, ça te fait passer pour un pauvre type ». Et le député de conclure vulgairement : « Venant d’une pétasse arriviste, c’est un compliment ». Cette fois-là, il ne l’aimait plus « peut-être trop « comme quelques semaines plus tôt…