Fondation Laurent : un projet en quatre ans et demi
ETTORE RIZZA
mardi 05 avril 2011, 09:24
Depuis sa création, fin 2006, la fondation Grect du prince Laurent n’a réalisé qu’une seule
opération : l’achat et la rénovation de son siège
social, à la rue d’Arlon. Par Ettore Rizza
DR
Que fait exactement la fondation privée du prince Laurent, ce fameux Grect (Global Renewable Energy & Conservation Trust) sous la bannière duquel le fils cadet du roi a entrepris à la mi-mars son déplacement critiqué au Congo et en Angola ? C’est la question que se posait dimanche le député Jean-Marie Dedecker (LDD) sur le plateau de Mise au point (RTBF). Jamais avare d’une provocation, le bouillant Ostendais n’a pas hésité à parler d’opacité et de « magouilles ».
« Je ne vais pas renoncer à ma dotation
Le prince Laurent nie farouchement, dans les colonnes du Standaard et Het Nieuwsblad, penser à rembourser sa dotation.
Dans une interview à Humo, l’avocat et porte-parole de Laurent, Pierre Legros, indique que le prince lui-même envisage d’abandonner sa dotation.
« Je n’ai jamais dit cela. Je ne pense même pas à rembourser ma dotation. Allez ! Vous savez quand même comment ça se passe. Les journalistes écrivent n’importe quoi. Je ne dois quand même pas vous expliquer comment les journalistes travaillent, si ? «, a déclaré le prince.
Le magazine Humo affirme que l’ensemble de l’entretien avec Pierre Legros est enregistré.
(b)
Réplique sur le même plateau de l’investisseur immobilier Pierre Pozzi, l’un des trois administrateurs de la fondation : « Les comptes sont publiés au Moniteur. Les montages financiers sont peut-être un peu compliqués, mais ce sont des techniques tout à fait transparentes. » Fin de la discussion.
Sauf que… l’affirmation est inexacte. Quatre ans et demi après la création du Grect, on chercherait en vain le moindre compte annuel sur le site de la Banque nationale de Belgique. Quant au Moniteur belge, on n’y trouve que l’acte de constitution de la fondation, daté du 31 octobre 2006. « Les comptes existent, maintient pourtant Pierre Pozzi. J’ai ceux de 2009 sous les yeux et nous nous apprêtons à publier ceux de 2010. »
Que disent-ils, ces bilans ? À vrai dire, peu importe. En tant que personne morale, le Grect n’est qu’une coquille vide au capital de 1.000 euros. Elle n’effectue aucun achat d’importance ni opération financière. Son seul fait d’armes : l’acquisition et la rénovation de l’immeuble des 63-65 de la rue d’Arlon, la « Maison des énergies renouvelables », où la fondation a installé son siège social – sans pour autant y disposer d’un bureau ni d’un secrétariat. Les loyers versés par son véritable locataire, à savoir l’Erec (le lobby européen des énergies renouvelables), constituent la seule rentrée financière de la fondation. Ces sommes servent à payer le prêt hypothécaire qui a permis l’achat et la rénovation du bâtiment.
Bref, une belle opération immobilière et une brillante réalisation en matière de construction durable. Mais c’est tout. Depuis, la fondation n’a plus réalisé le moindre projet de « défense du patrimoine immobilier », l’un de ses objectifs sociaux. « Une quinzaine de dossiers sont ouverts, mais soit par notre volonté, soit à cause de la crise financière, aucun ne s’est encore concrétisé », reconnaît Pierre Pozzi.
En matière de la lutte contre la déforestation, autre objectif social du Grect et motif officiel du voyage princier en RDC, c’est encore plus simple : absolument aucun projet n’est dans les cartons. Rien de pendable dans cette inactivité : La fondation ne reçoit pas d’argent public et est libre de travailler à son rythme. Mais voilà qui éclaire d’un jour nouveau l’intérêt que lui portent ces États africains prêts à débourser des dizaines de milliers d’euros pour recevoir le prince et ses experts.