Amnistie : « Oublier, jamais », répond De Clerck
Rédaction en ligne
mercredi 18 mai 2011, 19:18
« Tout ce que je veux, c’est un débat. Il n’est évidemment pas question d’oublier », a déclaré le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, à des questions sur l’amnistie à la Chambre.
Stefaan De Clerck, © Belga
En séance plénière de la Chambre, ce mercredi, Stefaan De Clerck, le ministre de la Justice est venu répondre aux questions des parlementaires. Le ministre avait provoqué la polémique en utilisant le verbe « oublier » à propos de la collaboration pendant la deuxième guerre mondiale après la prise en considération d’une proposition de loi du VB sur l’amnistie en séance plénière du Sénat. Ces questions auraient dû être posées jeudi mais le ministre n’est pas disponible.
« Le parlement doit être adulte »
Coté flamand, Patrick Dewael, pour l’Open VLD a lui reconnu qu’il s’agissait d’une « question délicate. » « Je pense que quand le Parlement refuse un débat, il se montre faible. Un Parlement doit être adulte. La démocratie, c’est ça, la confrontation des idées. »
Mais c’est finalement la N-VA qui a été la plus virulente à l’égard des critiques des francophones. Ben Weyts a ainsi estimé que les francophones avaient « rouvert les blessures en suscitant autant de réactions » autour de la prise en considération de la proposition de loi. « C’est vous qui avez rouvert les plaies. Vous essayer juste de retirer un avantage politique sur le dos des victimes », a-t-il dit.
A la Chambre, Stefaan De Clerck a tenu à éteindre l’incendie. Interpellé par le PS, le CDH, et le MR (côté francophone), le ministre a rappelé qu’il avait corrigé ses propos, et notamment l’emploi du mot « oublier ». « Je regrette le débat autour du mot « oublier », a-t-il dit tout en comprenant que « ça ait pu susciter une émotion ». « Je le déplore, je n’ai pas eu l’intention de dire ces propos. Je les ai d’ailleurs corrigés dans un communiqué le 16 mai. » Il a également précisé que c’était le prix à payer lorsque l’on acceptait les invitations à des débats dans une autre langue.
Stefaan De Clerck a néanmoins regretté les « réactions à chaud exagérées » à la suite de cette interview. « On a dit que je tenais des propos révisionnistes, que je souscrivais aux vues du Vlaams Belang. Et ça, je le déplore aussi. »
« Tout ce que je veux, c’est un débat »
« Tout ce que je veux, c’est un débat », a-t-il poursuivi. « Il n’est évidemment pas question d’oublier. Il faut garder le passé à l’esprit, en respect pour les combattants. Nous ne pouvons pas effacer les enseignements de l’histoire ». « Comme certains collègues l’ont dit, c’est peut-être une bonne chose de pouvoir mener un débat serein. Nous devons être prêts à le faire, sans porter atteinte à la mémoire, a en débattre. Je suis disposé à discuter avec tout le monde à tout moment. Mais il est clair qu’il ne faut jamais oublier », a-t-il conclu.
« Pourquoi rouvrir le débat ? »
Plus tôt, Olivier Maingain avait estimé que les propos de Stefaan De Clerck « même corrigé » traduisaient « un état d’esprit qui ne correspond(ait) pas avec les fonctions d’un ministre de la Justice ».
« Laisser entendre qu’il faudrait pouvoir rouvrir le débat n’a aucun sens », a dit le président du FDF, insistant pour avoir « un argument juridique pour justifier qu’il ait un débat d’ordre juridique, législatif, pour nous dire en quoi la loi en place devrait être revue. » Et de rajouter : « Le Sénat a pris en considération une proposition de loi, d’un parti qui a comme ambition de nier ce qui s’est passé ».
« Oublier, c’est nier les souffrances »
Le CDH, via Catherine Fonck, a rappelé que « l’amnistie, c’est l’oubli officiel. » « Oublier, c’est nier les victimes, alors ça, jamais ! », a ensuite dit la député CDH, prenant acte de la rectification de De Clerck. « Ce sont des propos importants. »
Fernandez Fernandez, pour le PS, a, elle, estimé que la liberté d’expression ne pouvait pas amener « à l’oubli des actes des collaborateurs, ni de ceux qui sont morts pour défendre nos valeurs ».
(G.D)