La tempête fait au moins 2 morts au Pukkelpop

DIDIER STIERS ET JULIEN BROQUET

jeudi 18 août 2011, 23:11

La fête a tourné au drame dans le Limbourg, sur le coup de 18h20. Le bilan, difficile à établir durant la soirée, est sans doute amené à s'alourdir. Les concerts ont été annulés jeudi, les organisateurs veulent néanmoins sécuriser et nettoyer le site avec la volonté de reprendre ce vendredi.

La tempête qui s'est abattue sur Hasselt et Kiewit jeudi en fin d'après-midi a plongé le Pukkelpop dans le chaos. Les rumeurs portant sur le nombre de victimes ont circulé pendant le début de soirée, jusqu'à cette première conférence de presse tenue par les organisateurs et les autorités de la ville.

Hilde Claes, bourgmestre de Hasselt, annonce d'emblée que, d'après les précisions dont elle dispose sur le coup de 21 h, « la tempête a fait deux victimes. L'une a perdu la vie sur le site du festival et l'autre au camping. Nous préférons ne pas dévoiler leur identité pour l'instant, nous voulons d'abord nous adresser aux familles. » Une quarantaine de blessés ont également été évacués, les plus graves vers divers hôpitaux et les plus légers au hall des sports. Là également, priorité aux proches. « Je voudrais également demander à tous les festivaliers qu'ils veillent à faire savoir aux leurs qu'ils sont sains et saufs. » Et d'ajouter qu'un accueil psychologique a été ouvert en face du site du festival et qu'un numéro d'urgence va être rapidement mis en place.

Mouvements de panique

Flash-back. Sur le coup de 18 h 20, des éclairs fendent soudainement un ciel sombre comme la nuit tandis que la pluie s'abat violemment sur le site. Du côté de la scène principale, on n'y voit plus à deux mètres. Un échafaudage publicitaire s'écroule. Tout le monde tente de se réfugier où il peut. À la scène Wablief, comme un peu partout, on ne comprend pas vraiment ce qui se passe. « Au début, les gens rigolaient, prenaient des photos, raconte une jeune femme. On voyait une grosse boule à facettes se balancer de plus en plus fort au-dessus de la foule. Puis on a entendu des cris s'élever : “Sortez, sortez.” Nous nous sommes réfugiées dans un camion en essayant de ne pas penser à ce qui pouvait nous tomber dessus. »

Au Dance Hall, le set de Wiz Khalifa se termine. Ses derniers beats se mêlent aux cris. Quand une gigantesque tonnelle s'écroule, la panique gagne les rangs. Et les mouvements de foule rendent la situation encore plus dangereuse. Sous le Château, le concert de Smith Westerns vient à peine de commencer. Un écran style diapos posé au-dessus de la scène bascule sur le groupe. On croit d'abord à un souci de fixation. Ça fait même rire un peu dans les premiers rangs. Mais la toile du chapiteau bouge méchamment sous les rafales de vent. L'eau s'infiltre par les ouvertures où s'insèrent les colonnes de soutien alors que la couverture se met à claquer de plus en plus violemment et que la décoration intérieure suspendue aux piliers valdingue. Une partie du public commence à refluer vers les sorties quand la structure de la tente s'écroule. Dans le mouvement de panique, certains réussissent à se tirer du piège en enjambant les grilles ceinturant le chapiteau tandis que d'autres restent coincés sous la toile. « Au Club, les barrières volaient d'un côté. L'eau s'engouffrait de l'autre, raconte un festivalier. La bâche était gonflée telle une montgolfière mais comme des pylônes venaient de s'écraser à l'extérieur, personne n'osait s'aventurer dehors. Ça hurlait et courait dans tous les sens. Mais le calme est revenu tellement vite que Miles Kane est monté sur

scène voir si son concert aurait lieu. »

Annuler ou pas ?

Quelques minutes après les faits, tout le monde semble groggy. Arbres coupés en deux, échafaudages publicitaires renversés, chapiteau affalé… Des festivaliers sont emmenés en civière. D'autres passent la tête bandée, enveloppés dans des couvertures. Le site du Pukkelpop a des allures apocalyptiques. On entend un hélicoptère voler. Les sirènes des ambulances résonnent au loin annonciatrices de terribles nouvelles. La suite, tragique, on la connaît.

Du côté des organisateurs, l'état des lieux n'est cependant pas encore très clair à l'heure d'écrire ces lignes. « Nous avons décidé de tout arrêter jusqu'à ce que nous soyons au courant de la situation exacte, de ce qu'il est encore possible de faire, et de ce qu'il se passe du côté des groupes », précise Chokri Mahassine, tout en déplorant bien entendu les victimes. « Vous imaginez bien que la décision qui nous incombe est très difficile à prendre. Il y a d'une part la douleur et la tristesse, et d'autre part, des dizaines de milliers de jeunes qui sont encore ici et pour lesquels nous devons aussi faire quelque chose. » Dans un premier temps, il a été convenu de diffuser un peu de musique partout où c'est faisable, de manière à préserver le calme du public toujours sur place.

En fin de soirée, les organisateurs ont décidé d'annuler tous les concerts prévus. Le site était en train d'être nettoyé et les concerts devraient normalement reprendre ce vendredi.