Les fonctionnaires wallons doivent pointer pour fumer

BERNARD DEMONTY

lundi 03 octobre 2011, 07:24

Les fonctionnaires fumeurs du Service public de Wallonie doivent désormais enregistrer leurs sorties et rentrées dans le bâtiment et le temps passé à fumer est décompté de leur temps de travail. Le dossier dans Le Soir

Les fonctionnaires wallons doivent pointer pour fumer

© Le Soir

Ça râle au Service public de Wallonie, la plus grosse administration wallonne, qui compte 18.000 agents. Désormais, tous les fonctionnaires qui veulent fumer doivent enregistrer leurs sorties et rentrées dans le bâtiment (« pointer », dans le langage commun), et le temps passé à fumer est décompté de leur temps de travail. Cette obligation, appliquée jusqu'alors de manière sporadique, vient d'être généralisée, sanctions disciplinaires à l'appui.

Un fonctionnaire témoigne. « Je suis scandalisé. Depuis le mois d'août, nous devons pointer quand nous allons fumer. Nous sommes ensuite tenus de justifier pourquoi nous sommes sortis quelques minutes du bâtiment. Nous devons indiquer que c'était pour aller fumer, et notre fiche de présence contient alors la mention « journée invalide : horaire non totalement respecté », et on nous retire des minutes de notre temps de travail. Cela choque tout le monde, même mes collègues non-fumeurs. Du coup, certains ont commencé à fumer en cachette. Et moi, je vais fumer dehors mais je ne pointe pas. Je crains que, si je me fais repérer, cela soit indiqué dans mon évaluation. »

Le fonctionnaire estime également qu'il est privé d'un temps de pause salutaire. « Nous sommes en sous-effectif, et cette pause tabac est un moment très important pour moi. Jamais je n'en ai abusé. Et que dire des fonctionnaires qui passent des heures à discuter dans un bureau ? C'est plutôt à ce genre de comportement qu'il faudrait s'attaquer. »

Que se passe-t-il exactement ? En fait, cet été, la direction du service public de Wallonie a envoyé un courrier à tous les directeurs, leur demandant d'imposer le pointage pour les fumeurs. « Le membre du personnel est tenu d'enregistrer toute sortie et entrée quelle qu'en soit la cause », dit le courrier, dont nous avons pu prendre connaissance. Il en résulte que tout agent qui sort du bâtiment pour aller fumer pointe, à chaque fois, ses entrées et sorties.

Du côté de la direction du Service public de Wallonie, on tempère. « Le courrier envoyé aux directeurs ne fait que rappeler une circulaire datant de 2009, indique Hugo Poliart, porte-parole du Service public de Wallonie. La règle, c'est que quand on quitte le bâtiment, on pointe. J'imagine qu'il y a dû y avoir une question provenant d'un service. L'exception éventuelle du tabac n'avait pas été tranchée. Le courrier vient clarifier cette situation. »

Du côté des fonctionnaires, on rétorque que le pointage pour le tabac n'était appliqué que de manière exceptionnelle dans certains services, mais que la règle est désormais devenue générale. Ils affirment aussi que des agents contrôlent les fumeurs, pour vérifier qu'ils pointent effectivement à chaque pause. « Je ne pense pas qu'il y ait des contrôles », rétorque le porte-parole du service public de Wallonie.

Les syndicats viennent de s'emparer du dossier. Ils entendent forcer la direction à revoir ses pratiques, même si rien n'est illégal dans cette politique. « L'administration est dans une optique de contrôle et de répression plus que de motivation, estime Xavier Lorent de la CSC. Cela ne tient pas la route. Va-t-on, demain, inquiéter quelqu'un qui prend quelques minutes pour prendre un café, ou qui va aux toilettes ? C'est une stigmatisation des fumeurs ! Je ne pense pas que ce soit la meilleure méthode pour lutter contre le tabagisme. » Le syndicaliste estime aussi qu'il y a, de fait, une discrimination entre les fonctionnaires. « Ceux qui travaillent à l'extérieur, comme les agents des routes ou des forêts peuvent fumer à leur guise. Fumer, c'est une liberté individuelle, soupire Xavier Lorent. Rien ne dit qu'une personne sera moins productive parce qu'elle fume. »