Repli wallon ? « Oui, certains y réfléchissent », confirme Javaux

BEATRICE DELVAUX

samedi 14 janvier 2012, 12:53

Jean-Michel Javaux, le futur ex-président d'Ecolo, confirme que des acteurs wallons réfléchissent à une forme d'autonomie plus forte de la Wallonie, comme Le Soir le révélait. Par Béatrice Delvaux

Repli wallon ? « Oui, certains y réfléchissent », confirme Javaux

Sylvain Piraux

A l'occasion de notre grand entretien du week-end, nous avons demandé à Jean-Michel Javaux, futur ex-président d'Ecolo, s'il fait partie de ces acteurs wallons qui travaillent à une forme d'autonomie plus forte de la Wallonie, comme révélé par « Le Soir », ce qui n'est pas sans créer un certain émoi en Flandre ? « Suite à cette crise, pas mal d'acteurs wallons ont laissé tomber des tabous, des frontières intellectuelles. Cela a obligé à réfléchir, à penser un cadre plus autonome. Des acteurs wallons réfléchissent à cela. »

Marcourt: "Déconstruisons la Fédération Wallonie-Bruxelles"

"Y a-t-il aujourd'hui une réflexion collective qui se penche sur la question de savoir comment gérer l'avenir de la Wallonie ? La réponse est oui. Cela se fait dans plusieurs cercles, cela ne se fait pas en catimini dans les arrière-salles de cafés." C'est ce que déclare le ministre wallon Jean-Claude Marcourt (PS) à La Libre ce samedi, confirmant lui aussi ce que Le Soir a révélé.

Des propos auxquels Rudy Demotte, ministre-président wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, lui aussi socialiste, a aussitôt réagi : "Le lien fort qui unit Bruxelles et la Wallonie est et doit rester indéfectible. Ce lien se traduit notamment par le biais d'un outil institutionnel qui consacre la solidarité entre les citoyens wallons et bruxellois francophones. Si cette institution peut évidemment être amenée à évoluer pour coller au mieux aux besoins de la population, l'existence même du lien entre Wallons et Bruxellois est fondamentale et il doit etre maintenu et consolidé. Wallonie et Bruxelles doivent pouvoir compter avec les atouts et les forces de l'une et de l'autre pour assurer leur propre développement. C'est en ce sens que Charles Picqué et moi-même avons toujours plaidé. C'est de cette relation de solidarité et de lien fort que tous deux nous nous voulons être les garants".

Quels tabous sont tombés ?

Les Flamands ne voient plus tous les Wallons comme des paresseux, les francophones ne voient plus tous les Flamands comme des séparatistes nationalistes. Quel que soit le scénario du futur belge, on doit travailler pour assurer le bien-être socioéconomique et financier des citoyens. Quel est le meilleur cadre institutionnel, quel est le meilleur outil, à quel endroit ? Il faut résoudre l'éparpillement des compétences en Wallonie. C'est à cela que ces acteurs travaillent.

Au point de revendiquer une identité wallonne ?

Certains veulent faire de l'incantation wallonne, identitaire. Mais pour moi, la réflexion qui est en cours est plus fondamentale et ne se limite pas aux socialistes wallons. Il y a des acteurs patronaux, syndicaux, des PME. qui se retrouvent sur des décisions à prendre, présentant des enjeux écologiques, comme les dossiers du tram, du stade du Standard, des voiries. Cela permet de rassembler différentes forces. La Wallonie a tellement d'atouts non utilisés : il y a donc une volonté d'hommes et femmes de les valoriser.

C'est un groupe secret ?

Ce sont des gens qui ont des affinités. Ce n'est pas un groupe constitué comme tel. Mais il est sain que dans différents cénacles, des personnes puissent réfléchir à des scénarios, en utilisant les ressources en place dans les partis, les universités. Ce qui a souvent miné la Wallonie ce sont les guerres de bassin, comme récemment le pitoyable marchandage sur les centres de haut niveau. Le moment est venu pour tous d'être au-dessus de la mêlée. En travaillant avec la Flandre : je me rends plus souvent au Limbourg qu'à Bruxelles pour les intérêts de ma région. Nous avons accepté dans la loi de financement la fin des transferts dans dix ans. La Wallonie doit donc prouver d'ici là qu'elle peut performer.

Et Bruxelles dans tout ça, on oublie ?

La Belgique, ce n'est pas que des Wallons et des Flamands. Bruxelles est très important pour le pays, pour la vie sociale et économique. Mais les Bruxellois ont eu cette mobilisation avant. Suite à l'accord institutionnel, Bruxelles a l'autonomie constitutive et est reconnu comme Région à part entière. C'est crucial pour Bruxelles mais aussi pour les Wallons.