"L'ULB dénaturée et menacée par des assassins de la démocratie"

MARC METDEPENNINGEN

mercredi 08 février 2012, 08:41

Accusée d'« islamophobie », l'essayiste française a dû renoncer à s'exprimer, alors qu'elle était invitée à débattre de l'extrême droite à l'ULB. Chattez dès 14 heures avec Caroline Fourest

Une poignée d'énergumènes, revêtus de keffieh et de burqas, sont parvenus, mardi soir, à faire taire un débat sur l'extrême droite organisé dans l'enceinte de l'ULB. Les autorités académiques se sont déclarées « consternées » et « scandalisées » par cet « attentat contre la liberté d'expression » commis au coeur même de l'Université de Bruxelles, temple du débat d'idées.

Caroline Fourest, l'essayiste et journaliste française, auteure d'une biographie fouillée sur Marine Le Pen, candidate du Front national à l'élection présidentielle, venait d'entamer le débat avec Hervé Hasquin, l'historien, ancien recteur et président du Conseil d'administration de l'ULB, lorsque des vociférations haineuses déboulèrent des rangs arrières de l'auditoire K. Les manifestants, hurlant « Burqa Bla-bla », des injures et des gros mots, entendaient dénoncer « l'islamophobie » dont ils affectent Caroline Fourest.

Un assistant à l'ULB à la baguette

En mars 2007, les mêmes excités avaient déjà tenté, lors d'un débat à l'ULB, d'entarter la journaliste française.

L'organisateur de cette manifestation n'est autre que Souhail Chichah, lui-même assistant à l'ULB. Il s'était déjà signalé dans le passé pour ses prises de position en faveur de « l'humoriste » Dieudonné, transfuge du rire dans les bras de l'extrême droite et de l'antisémitisme. Chichah n'avait pas fait mystère, sur les réseaux sociaux, de sa volonté d'empêcher Caroline Fourest de s'exprimer. Il avait lancé, il y a quelques jours un appel à une « Burqa Pride », qui devait consacrer la « lapidation de Caroline Fourest ». Ses partisans, qui déversent, tout comme lui, leur haine d'Israël et des « Blancs » sur les réseaux sociaux, avaient répondu à son appel.

« Ca n'arrive qu'en Belgique »

Une quarantaine de ces hurluberlus vociférant ont réussi à prendre place dans l'auditoire, au milieu d'anciens étudiants de l'ULB, consternés par cette « prise de pouvoir des fascistes » dans l'enceinte de leur université, comme le disait l'un d'eux. Guy Haarscher, le modérateur du débat, et le recteur Didier Viviers ont pris la décision d'interrompre le débat. Caroline Fourest, qui fit front aux perturbateurs, fut écartée de la salle par les services de sécurité. Le recteur, nous a-t-il annoncé, saisira le Conseil de discipline du cas Chichah.

Caroline Fourest nous a confié « ne pas comprendre pourquoi ce genre de débordements n'a lieu qu'en Belgique. Je donne des conférences partout dans le monde, jamais rien n'arrive, sauf ici. Ces gens ont pris le pouvoir dans l'Université. Je n'y viendrai plus ».

Les associations étudiantes condamnent l'action

Ce mercredi, l'Union des anciens étudiants, le cercle du Libre Examen et l'association des cercles étudiants de l'ULB ont fermement condamné les événements qui se sont passés la veille au sein de l'Alma mater. « Nous avons honte des méthodes fascisantes ayant empêché la tenue d'un débat dans la maison du Libre examen. Nous déplorons le comportement détestable et honteux de certains membres de notre Alma Mater, sachant que la naissance de cette mascarade émane d'un chercheur de notre université, Souhail Chichah », ont-ils dénoncé.

Les associations étudiantes souhaitent « ardemment revoir Mme Fourest » à l'ULB et demandent aux autorités de prendre « les mesures qui naturellement s'imposent ».