De Wever fusille Bruxelles mais ne veut pas la lâcher

DIRK VANOVERBEKE

jeudi 22 mars 2012, 17:18

« Ce que les Flamands ont comme perception de Bruxelles, via la presse, c'est la violence urbaine, les émeutes, les car-jackings et le délabrement de certains de ses quartiers », a déclaré De Wever.

De Wever fusille Bruxelles mais ne veut pas la lâcher

©Dominique Duchesnes – Le Soir

Bart De Wever, le président de la N-VA, était l'hôte jeudi de la section bruxelloise des patrons du Voka, l'organisation des patrons flamands. « Le paradoxe bruxellois : une capitale à part entière » : le thème provocateur de son discours annonce la couleur. Pour la N-VA, Bruxelles est une région spécifique, pas à part entière, et une capitale. Entre le président du parti le plus puissant du pays et Bruxelles, la relation tient du « Je t'aime, moi non plus ». De l'amour-haine.

« J'aime Bruxelles, ses beautés comme ses laideurs. Mais pour la plupart des Flamands, Bruxelles, c'est une terre inconnue. Nous n'avons pas de culture urbaine en Flandre. Les Flamands qui ne travaillent pas ici n'y viennent pas souvent. Et ceux qui comme moi y travaillent n'en connaissent que les abords d'une gare », a expliqué le leader de la N-VA.« Ce que les Flamands ont comme perception de Bruxelles, via la presse, c'est la violence urbaine, les émeutes, les car-jackings et le délabrement de certains de ses quartiers. »

Thielemans et Mayeur épinglés par De Wever

Le patron de la N-VA n'apprécie pas davantage les responsables politiques bruxellois qui « réclament toujours plus d'argent pour leur ville, de l'argent qui vient de Flandre. » Il crosse au passage le bourgmestre de Bruxelles, en revenant sur la fusillade d'Anderlecht qu'il qualifia un jour de fait-divers. « C'est le genre de propos que la Flandre est incapable de comprendre ». Il n'a pas aimé non plus ceux plus récents d'Yvan Mayeur, président du CPAS de Bruxelles : « Ce Monsieur s'est permis, sur un ton dénigrant, de se moquer des compétences communautaires exercées par la Flandre à Bruxelles, tout en réclamant de l'argent du Nord. C'est inacceptable. »

Il fustige encore le gouvernement bruxellois qui « privilégie la subsidiation des emplois publics », pointe Actiris « où 6 % des chômeurs sont sanctionnés, contre 12 % en Flandre » . Rappelle qu'un Bruxellois sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Souligne que Bruxelles est la seule capitale d'Europe qui perd des entreprises. Et s'en prend au ministre-président de la région bruxelloise Charles Picqué : « Bruxelles reçoit 144 millions d'euros en 2012, il en recevra 1 milliard à partir de 2030. Picqué vient déjà d'annoncer que cet argent servirait à combler les trous budgétaires. Au mépris de l'accord gouvernemental qui lui imposait d'investir cet argent dans la sécurité, la mobilité… Et la Flandre, elle, est priée de signer le chèque. Celui qui paie doit pouvoir définir ce qu'on fait de son argent, non ? »

Bruxelles est « incapable de parler d'une seule voix »

De Wever se gausse de la structure institutionnelle de la capitale, de ses 19 communes « incapables de parler d'une seule voix », de ses six zones de police, du nombre de ses mandataires : « Bruxelles ne sera heureuse lorsqu'elle disposera du plus grand nombre d'hommes politiques au m2 ».

Et De Wever s'interroge : « Les Francophones parlent de plan B, de plan W. La Wallonie a-t-elle besoin de Bruxelles ? La Communauté française ne va-t-elle pas s'en distancier ? Françoise Bertiaux (chef de groupe MR de la Fédération Wallonie-Bruxelles) s'inquiète elle-même de ces replis wallons et vient de déclarer : « si cela continue, on devra se tourner vers la Flandre. Bruxelles ne peut survivre seule. »

De Wever ne veut pas lâcher Bruxelles

Bart De Wever, très proche des thèses du Voka (qui vient voici quelques jours de déménager son siège d'Anvers à Bruxelles), ne veut pas lâcher Bruxelles : « Ce serait stupide. C'est la capitale de la Flandre, le siège de nos institutions communautaires. Mais cette capitale doit être gérée par les francophones et les Neérlandophones. »

Les nationalistes flamands, contrairement à l'extrême droite qui revendique l'annexion de Bruxelles par la Flandre, prônent la cogestion de la capitale par les deux Communautés. Une position délicate pour un parti indépendantiste. Comme le disait jeudi Bart De Wever, « sans Bruxelles, la Belgique n'existerait plus depuis longtemps. C'est le nœud gordien du système belge.» Un système honni par la N-VA de Bart de Wever. Qui, subtilement, invite la Flandre à observer Bruxelles de manière moins négative. « C'est tout de même la quatrième ville d'affaires d'Europe, elle recense 16,6 % des emplois du pays et se classe troisième région la plus riche d'Europe.» Une relation amour-haine, comme on le disait…