Demotte secoue les patrons et exige un « vrai » plan de relance fédéral

DAVID COPPI

samedi 28 avril 2012, 09:04

Généralement modéré, le ministre-président wallon est sorti de sa réserve et s'en prend sévèrement à une partie du patronat et dénonce les politiques d'austérité. A lire dans Le Soir

Demotte secoue les patrons et exige un « vrai » plan de relance fédéral

Belga

Rudy Demotte sort de sa réserve. Homme de consensus, modéré généralement, le ministre-président wallon, dans une interview au Soir, s'en prend sévèrement à une partie du patronat, dénonce les politiques d'austérité, et exige un « vrai » plan de relance au fédéral.

Les déclarations du patron belge d'Adecco, Patrick De Maeseneire, vous ont choqué, dites-vous. Pour rappel, il avait lancé en conférence : « If you can leave Belgium, run ! » – si vous pouvez quitter la Belgique, fuyez !

« Personne ne me suspecte d'être un socialiste hostile à l'entreprise, j'ai plutôt un profil favorable au monde entrepreneurial, mais là, de ma part, c'est un vrai coup de gueule, et je le place sous l'angle de la « morale », de la morale économique. On est en dehors des balises, des repères, on entre dans l'amoralité. On est en plein dans un capitalisme qui dérape. »

« Tout le boulot que nous faisons pour promouvoir nos régions, pour convaincre les investisseurs… Et entendre des choses comme celles-là ! Ce type de comportement du patronat est aux antipodes de la paix sociale, comme du développement économique. Cela ressemble à un retour au vieux patronat du XIX siècle ! Ils nous font une rechute ou quoi ? »

Le patron d'Adecco n'est donc pas, selon-vous, un cas isolé…

« Il s'agit d'une partie du patronat. Qui a une vision très « financiariste » de l'économie, uniquement basée sur les flux financiers. Dans le film « Wall Street », Michael Douglas disait : « Greed is good » – l'avidité est bonne. C'est symptomatique. On segmente l'entreprise, on reprend les morceaux les plus intéressants financièrement, on jette les autres, même s'ils sont performants économiquement, avec les personnes qui y travaillent… Ce n'est pas acceptable. Moi, je dis : « Greed is not good » ! »

« J'ai fait à plusieurs reprises des appels à la paix sociale… Mais attention : en agissant de la sorte, ils jouent avec le feu à côté d'un baril de poudre ! Il faut une prise de conscience des patrons modérés, ceux qui ne sont pas encore emportés par cette vision désastreuse, et très idéologique. »

Dans ce contexte, qu'attendez-vous du présumé plan de relance fédéral ? A entendre certains, au VLD, au CD&V, on ne fera pas grand-chose, et la rigueur reste plus que jamais la priorité.

« On pourrait commettre cette grave erreur : présenter un plan de relance qui n'en aurait que le nom. »

« Que faire ? D'abord, prévoir des dispositifs adaptés selon les trois Régions du pays, des entités qui ont chacune leurs soucis. Ensuite, il faut se rendre compte qu'on ne transformera pas le plomb en or avec une pierre philosophale : de l'argent, il en faudra. Bien sûr, il n'y en a pas beaucoup, et la rigueur sera nécessaire, mais croire qu'on pourra relancer la mécanique, comme le soutien à l'innovation, sans moyens financiers ! Illusion ! »

« Le message d'une partie de la droite, notamment destiné au patronat, c'est qu'on va tout régler avec la rigueur et en diminuant le poids de la parafiscalité et de la fiscalité. C'est faux. Il faut maintenant un soutien à la demande interne, et un soutien à la réindustrialisation. »

Des « moyens financiers », dites-vous, vraiment ?

« Oui. Il ne s'agit évidemment pas de faire tourner la planche à billets, mais de ne pas se laisser contraindre au-delà de raison par les trajectoires budgétaires, voire d'accélérer l'assainissement, comme certains le veulent. Il y a un phénomène de strangulation pour nos économies. »

« La production de biens manufacturés doit redevenir une priorité. En quelque sorte, il faudrait transposer la logique du « plan Marshall » au niveau fédéral. »