Les expatriés boudent le flamand

DIRK VANOVERBEKE

jeudi 03 mai 2012, 10:55

Les expatriés sont libres de suivre les cours de néerlandais. Ce n'est pas leur méconnaissance de la langue de Vondel qui pose problème. La volonté d'imposer l'unilinguisme sur le sol flamand, surtout, tempère leur désir d'intégration.

Les expatriés boudent le flamand

Les expats boudent le néerlandais, non à cause d'une allergie à la langue de Vondel mais parce qu'ils rejettent les mesures édictées par le Nord pour imposer à tout prix l'unilinguisme flamand. Le constat n'émane pas du centre d'études des FDF mais de Rudi Janssens, professeur à la Faculté de philo et lettres de la VUB et chercheur au Brio (Brussel informatie en onderzoek centrum).

Les expatriés vivant en Belgique se concentrent en très grande majorité à Bruxelles et dans sa proche périphérie située sur le sol flamand. Ces « Bruxpats » ou eurocrates comme on les appelle aussi ont quitté leur pays pour travailler dans la capitale de l'Europe au sein d'organisations internationales, de services diplomatiques, d'entreprises dont le siège est établi à Bruxelles ou comme représentants de régions d'Europe, d'ONG, de médias…

Ils sont près de 190.000 à Bruxelles, 50.000 en périphérie.

Dans un nombre croissant de pays européens, la connaissance de la langue n'est plus un droit mais une obligation pour ceux qui viennent s'y établir. C'est surtout le cas dans les pays qui accueillent un grand nombre d'immigrés (France, Allemagne, Danemark, Grande-Bretagne et… la Flandre). En Belgique, la politique d'intégration est régionalisée. La Communauté flamande ne pratique pas une politique d'intégration mais d'« inburgering » (intégration civique). Les expats en sont dispensés mais sont invités à suivre librement des cours de néerlandais.

Mais manifestement, la connaissance de la langue ne constitue pas une condition suffisante à l'intégration des eurocrates sur le territoire flamand. La preuve par une enquête d'« Expat Explorer Survey » auprès de 3.000 expatriés. Lorsqu'on leur demande comment ils ressentent leur intégration dans la communauté locale, ils classent notre pays 26e sur 31. Ce qui fait dire à Rudi Janssens : « La volonté d'imposer le néerlandais dans certaines communes de la périphérie peut générer des réactions négatives chez les expatriés. Notamment quand ils croisent des inscriptions “Hier spreekt men Nederlands” fleurissant dans les maisons communales de la périphérie. Cela peut surprendre ceux qui arrivent chez nous sans comprendre un mot de néerlandais », souligne Rudi Janssens. Il rappelle que les expats utilisent essentiellement le français (65,9 %) et surtout l'anglais (96,7 %) à Bruxelles comme en périphérie dans leurs relations avec leurs amis ou voisins. Contre 15,3 % d'expatriés qui maîtrisent bien le néerlandais (lire tableau).

L'étude s'interroge sur l'association négative que font les expats avec le néerlandais ou le flamand. Une des réponses rejoint celle que font souvent certains politiques du nord du pays, quand ils expliquent que la mauvaise réputation de la Flandre serait souvent colportée par les médias francophones. Plus lus et vus que les Flamands : 15,5 % des expats lisent tous les jours un quotidien francophone. Trois fois plus que ceux qui lui préfèrent un journal flamand.

Cette analyse sur les expats est un des volets d'une étude du gouvernement flamand sur l'internationalisation de Bruxelles et de la périphérie. Geert Bourgeois, ministre N-VA compétent, y découvrira que les francophones ne sont pas seuls à se crisper devant la politique parfois peu empathique de la Flandre face à ses nouveaux arrivants.