La Belgique se dote d’un Plan d’action national contre l’homophobie

Rédaction en ligne

samedi 12 mai 2012, 00:48

Après le meurtre de Ihsan Jarfi, la Belgique lance un Plan d’Action National pour lutter contre l’homophobie. Le cabinet de la ministre Milquet a expliqué les mesures.

La Belgique se dote d’un Plan d’action national contre l’homophobie

© Belga

Le meurtre d’Ihsan Jarfin, le jeune liégeois de 22 ans, a suscité l’émoi dans tout le Royaume. Ce crime, considéré comme le premier crime homophobe en Belgique, a fait ressortir sur le devant de la scène une homophobie plus présente qu’on ne l’aurait pensé. Les membres du gouvernement ont décidé d’agir.

Égaux dans la loi pas dans les faits

La Belgique a adopté la loi anti-discrimination le 10 mai 2007, qui interdit toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, et a légalisé le mariage entre personnes du même sexe en 2003. D’un point de vue juridique, la Belgique s’est donc dotée d’outils pour lutter contre l’homophobie et garantir l’égalité en droit de tous les citoyens belges. Si un cadre juridique existe bien, il semblerait que les mentalités n’aient pas évolué à la même vitesse pour tous.

Plan d’Action national pour lutter contre l’homophobie

Jeudi soir, le Premier ministre Elio Di Rupo, la ministre de la justice Annemie Turtelboom et la ministre de l’Intérieur et de l’Égalité des Chances Joëlle Milquet ont reçu les représentants de la communauté homosexuelle. En réponse à la pétition « Stop gaybashing » (halte aux attaques contre les homosexuels), les grandes lignes d’un plan d’action national contre l’homophobie ont été dessinées à lors de cette rencontre. Inspiré du Plan d’action national contre les violences faites aux femmes, il prévoit une série de mesures à long et court terme.

Meilleure coordination de la police et de la justice

Le plan vise tout d’abord une meilleure coordination entre la police et la justice. Des magistrats ainsi qu’un policier de référence seront désignés. De plus, des formations à leur attention seront organisées ainsi que des campagnes de sensibilisation. L’objectif : mieux appliquer la loi de 2007, mieux accueillir les victimes de discrimination et les inciter à oser porter plainte. Une circulaire sera également envoyée au parquet. Dans sa ligne de mire, l’homophobie mais également la transphobie et la biphobie.

L’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes et le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme seront des acteurs de premier ordre dans ce plan. L’Institut mettra ainsi sur pieds un groupe de travail pour mener à bien les différentes mesures prévues par le Plan d’action national. Leur rôle est d’autant plus important que les connaissances en matière d’agressions homophobes sont très minces. En effet, non seulement il n’existe pas de statistiques sur la question, mais le nombre d’agressions est sous estimée, les personnes homosexuelles n’osant pas toujours porter plainte. « Nous manquons d’outils. Il s’agit d’une problématique complexe et encore mal cernée » reconnaît-on au cabinet de Joëlle Milquet. Le Plan d’action prévoit l’implication des régions.

Pas encore de date butoir pour la mise en œuvre de ces mesures mais au cabinet de la ministre de l’Intérieur et de l’Égalité des Chances, on affirme que l’on souhaite que « tout se mette en place le plus vite possible » et ce, bien qu’il y ait « énormément de choses à faire et de partenaires impliqués. »

Une autre rencontre entre le Premier ministre, la ministre de la justice, la ministre de l’Intérieur et de l’Égalité des Chances et les représentants de la communauté homosexuelle est prévue pour la mi-mai.

Jennifer Fileccia (St.)