La fin du tabac n'a pas tué les cafés

FREDERIC SOUMOIS

samedi 12 mai 2012, 06:40

Le bain de sang social dû à la fin du tabac, c'était de l'intox. La disparition des établissements n'a jamais été aussi lente depuis 17 ans.Notre enquête dans Le Soir en PDF

La fin du tabac n'a pas tué les cafés

©Nicolas Pirlot (st) – Le Soir

Avant l'instauration de l'interdiction de fumer dans tous les cafés, intervenue depuis juillet dernier, des prévisions alarmistes étaient multipliées par les associations de défense des cafetiers et des indépendants. Pour l'Unizo, l'Union flamande des entrepreneurs indépendants, on devait assister à la rapide disparition de deux tiers des cafés belges ! Les chiffres que Le Soir révèle aujourd'hui montrent qu'il n'en a rien été : 2011 a même été l'année qui a vu le moins de baisse du nombre de cafés depuis… 17 ans !

Ces chiffres sont indiscutables : ce sont ceux de l'Institut national de statistiques qui a analysé les déclarations à la TVA. Ils montrent effectivement que la Belgique a vu disparaître 13.000 cafés en 17 ans. Mais surtout que cette perte n'a rien à voir avec la loi sur le tabac ! Elle est plutôt parallèle à la consommation de bière, qui a chuté de 121 litres par habitant en 1990 à 79,5 litres en 2011.

Alors, volontaire, l'intox ? En tout cas, les chiffres cités sont soit faux, soit manipulés pour cacher qu'en face de la disparition de nombreux établissements, des milliers d'autres se créent chaque année. Or, cette étude a provoqué le report de deux ans de l'interdiction, les députés ayant été effrayés par ces chiffres fantaisistes. Le soupçon d'une manipulation discrète de la part des cigarettiers, qui luttent pour empêcher toute mesure contre leur produit, est lourd. Aux Pays-Bas, les firmes ont été prises la main dans le sac en subventionnant ce type de manipulation.

Chaque année, 2.200 personnes meurent du tabagisme passif, ayant contracté une maladie cardiaque ou un cancer du poumon sans fumer eux-mêmes. C'est le double du nombre des victimes de la route !