Moureaux : « Les gens à l’origine des émeutes sont de véritables fascistes »

ALAIN GERARD

dimanche 03 juin 2012, 16:47

Didier Reynders (MR) a confirmé, sur le plateau de Mise au point (RTBF), ses propos sur l’échec de l’intégration « dans certains endroits ». De son côté, Philippe Moureaux (PS) appelle à aller « au-delà de la caricature et à objectiver le problème ».

Le ministre Didier Reynders a confirmé, sur le plateau de Mise au point (RTBF) ses propos sur l’échec de l’intégration « à certains endroits, à cause du repli communautaire, du taux de chômage élevé chez certains jeunes issus de l’immigration et à cause aussi des ghettos ».

Solutions ? Un parcours de l’intégration obligatoire : « Quand on arrive dans un pays, on apprend la langue, on respecte un certain nombre de valeurs et on essaie de suivre un parcours d’intégration », précise Didier Reynders. Mais à côté du respect de valeurs communes, il y a un engagement que nous devons prendre : c’est l’assurance de la non-discrimination vis-à-vis des personnes qui auront fait l’effort de suivre le parcours d’intégration ».

De son côté, Philippe Moureaux, bourgmestre de Molenbeek, tempère : « Essayons d’objectiver le problème et allons au-delà de la caricature. Par rapport aux émeutes de ces derniers jours, le groupe qui a créé ces difficultés, composé en partie de non-immigrés, n’est même pas de Molenbeek. Ce groupe a essayé d’entraîner la population qui n’a pas répondu. Ce sont des fascistes, de véritables fascistes, n’ayons pas peur des mots ».

Et le bourgmestre de Molenbeek de poursuivre : « Contraste, hier samedi, c’était la fête à Molenbeek et des milliers de gens s’y côtoyaient sans heurts ».

Un parcours, oui, « mais pas obligatoire »

À propos de Sharia4Belgium : « C’est à eux de déménager le plus clairement du monde », réagit Philippe Moureaux. « Ces gens ne représentent pas les musulmans de Belgique. Dans toutes les mosquées, vendredi, on a bien dit qu’ils ne représentaient personne ».

« Quant au parcours de l’intégration, cela fait onze ans que je l’ai créé à Molenbeek. Je suis quasi le seul bourgmestre d’ailleurs à collaborer avec la structure flamande qui met en place un tel parcours. Mais, sur le fond, je suis persuadé que son caractère obligatoire n’est pas une bonne solution ».

La règle est valable pour tout le monde

Au sujet des accommodements raisonnables (les piscines, la nourriture halal…), Bernard Clerfayt rappelle « que la règle, la loi, est valable pour tout le monde ». Evelyne Huytebroeck (Ecolo), elle, demande de ne pas tout mélanger : « Le vivre ensemble doit d’abord être du bon sens. Le respect doit fonctionner dans tous les sens. »

Pour Didier Reynders, le problème d’intégration est « tout à fait réel » et n’est pas nécessairement lié à une communauté en particulier : « Le contrat d’intégration concerne pas mal de monde en Belgique si l’on tient compte des primo-arrivants. Pour les accommodements, il ne faut pas aller jusqu’à des absurdités comme les heures dans les piscines. On doit aller vers les populations pour voir exactement ce qu’elles demandent. En matière de voile, nous donnons souvent, chez nous, de mauvais signaux ».

Philippe Moureaux revient sur la notion de respect mutuel : « C’est essentiel… La notion d’accommodements raisonnables doit être approchée par rapport à cette notion de respect. Exemple, quand je suis à table avec un musulman, il commande un verre d’eau et moi de vin. Où est le souci ? Les cours de biologie et de gymnastique doivent bien sûr être obligatoires. Respecter les différences, c’est une richesse pour tout le monde ».

Les politiques en échec

Sur la montée du communautarisme, Bernard Clerfayt (bourgmestre FDF de Schaerbeek), s’interroge : « Pourquoi focaliser sur les musulmans ? Dans ma commune, j’ai des Roumains, des Bulgares, etc. Il ne faut pas faire d’amalgame. Je ne pense pas qu’il y a un repli communautaire généralisé. La plupart des étrangers sur notre territoire veulent vivre normalement ».

« Je ne suis pas sûr que les propos de Didier Reynders sur l’echec de l’intégration aident à faire avancer le débat », ponctue Bernard Clerfayt. « Il n’y a pas en Belgique de vraie politique d’intégration. Les politiques, sur ce coup-là, sont en échec… ».