Giet et son cabinet d'avocats : « Un enjeu manifestement éthique »
PATRICIA LABAR
vendredi 08 juin 2012, 12:00
Pour le politologue, Pierre Vercauteren, les questions d'éthique doivent être débattues rapidement au Sénat sous peine d'avoir à nouveau une poussée de votes d'extrême-droite.
Pierre Vercauteren © Le Soir (Alain Dewez)
Le cabinet d'avocats de Thierry Giet a défendu la Région Wallonne dans plusieurs affaires depuis qu'il est à la tête du PS. « Ce n'est pas répréhensible au niveau pénal mais éthiquement limite », a dénoncé La Libre Belgique.
Interrogé, Pierre Vercautren, politologue et professeur de Sciences politiques à l'UCL-Mons, a confirmé qu'il y a là « un enjeu manifestement éthique ».
« Un devoir de vigilance permanente »
Pierre Vercauteren précise que « cela pose la question d'une attention permanente que toute personnalité politique doit avoir entre les activités non politiques qu'elle a exercées sur le plan professionnel et les différentes questions politiques qu'elle est amenée à traiter. Cela pose la question de devoir de vigilance permanente à plus forte raison quand une personnalité politique devient un personnage de 1er plan, ce qui est le cas pour Thierry Giet, en tant que président du PS. »
« Thierry Giet est de toute façon exposé »
La porte-parole du PS, Ermeline Gosselin, a tenu à préciser qu'« en ce qui concerne l'éthique, ce qui compte, c'est qu'il n'y ait aucun risque de conflit d'intérêt. Thierry Giet est élu fédéral. Le cabinet, où il est associé, intervient dans quelques dossiers région wallonne ».
Mais pour Pierre Vercauteren, qu'il le veuille ou non Thierry Giet est de toute façon exposée. « À partir que Thierry Giet est président d'un parti et que ce parti est présent à tous les niveaux de pouvoir - au niveau fédéral et aussi au niveau des entités fédérées - , il ne peut pas dire "je suis élu fédéral donc je ne m'occupe pas de ce qu'il y a dans les entités fédérées". Giet est quand même président du principal parti de la coalition au niveau des entités fédérées et qu'il le veuille ou non il est de toute façon exposé ».
« Il y a un double débat »
À la question de savoir si Thierry Giet devrait faire un pas de côté, Pierre Vercauteren se montre plus nuancé.
« Il y a la question du principe et il y a la question de la nature des affaires que le cabinet d'avocats est amené à traiter. Si ce sont des affaires tout à fait mineures il y a n'a pas de problème mais il y a là un double débat », insiste le politologue. « Un débat sur le principe et le débat sur l'importance des dossiers à traiter ».
« Il faut relancer rapidement le débat au Sénat »
En milieu de semaine, l'ONG Transparency International estimait que la Belgique devrait introduire un code de déontologique pour ses politiciens. Pour Pierre Vercauteren, il faut profiter du rapport de l'ONG pour relancer le débat. « L'ONG ne prend pas en compte ce qui a déjà été fait auparavant mais il faudrait en profiter pour relancer le débPieat au sénat », insiste, Pierre Vercauteren.
« Il y a intérêt à en débattre au sénat, pas personnaliser le débat (sur l'affaire Giet) mais voir dans quelle mesure le cadre peut être amélioré ».
« Les questions d'éthique pèsent de plus en plus lourd pour les électeurs »
Les questions d'éthique pèsent de plus en plus lourd depuis quelques années auprès des électeurs de la manière dont ils considèrent la politique », explique le politologue.
« Le débat peut être poursuivi après la période de campagne communale dans laquelle on se trouve mais il est doit être mené suffisamment rapidement, il faut poursuivre les mesures qui ont été prises. Il y a un déficit entre le politique et les citoyens. Si les politiques donnent l'impression de ne pas saisir cette question de manière suffisante et sérieuse des réactions de type poussée de vote d'extrême droite peuvent encore se produire », conclut Pierre Vercauteren.