Le père de Younes : « Je n’ai rien vu »

Rédaction en ligne

vendredi 08 juin 2012, 15:55

Alors que son avocat Xavier Magnée tente d’exclure la thèse des coups et blessures ayant entraîné la mort. Mohamed Jratlou répète qu’il est innocent. Le garçonnet a été battu avant son décès.

Le père de Younes : « Je n’ai rien vu »

Dans le procès de Mohamed Jratlou devant la cour d’assises du Hainaut, l’avocat de l’accusé Me Xavier Magnée a souligné vendredi la difficile tâche incombant à l’avocat général de démontrer que son client a voulu la mort de son fils Younes. Il a demandé si on pouvait exclure la thèse des coups et blessures ayant entraîné la mort, sans intention de la donner. Mohamed Jratlou, 71 ans, est accusé du meurtre de son fils retrouvé dans les eaux de la Lys à Comines le 10 novembre 2009.

« Est-ce exclu que lors de la bagarre familiale quelqu’un ait pu porter des coups ayant entraîné la mort ou l’étouffement sans intention de la donner. Je ne tends pas une perche à M. Jratlou mais au procureur général », a déclaré Me Magnée, tout en reconnaissant qu’il « dérapait un peu ».

Younes avait été porté disparu après une violente dispute entre ses parents. La mère s’était réfugiée après cette dispute chez son médecin, laissant ses deux enfants à la maison.

« Je n’ai rien vu »

L’avocat général, Ingrid Godart, a répondu à l’avocat de la défense que cette perche avait été tendue à l’accusé mais que ce dernier ne l’avait alors pas saisie. Elle a rappelé que les faits avaient été initialement qualifiés de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner avant d’être requalifiés en meurtre sur base notamment d’analyses génétiques et de l’examen autopsique. « Depuis cette situation n’a pas évolué », a-t-elle résumé.

L’accusé a affirmé une nouvelle fois à l’audience être innocent et « n’avoir rien vu ». Après avoir enterré son fils au Maroc, lui et sa femme étaient rentrés le 1er décembre 2009 en Belgique, n’ayant jamais eu l’intention de fuir.

Naima, « une mère en souffrance »

La femme de l’accusé, Naïma Zraidi, détenue préventivement avant d’être finalement blanchie, a, elle, fui à plusieurs reprises son mari après la mort de leur enfant. Elle a été hébergée avec son fils aîné, Wasir, au cours de plusieurs périodes dans une maison d’accueil, Oasis. A son arrivée au centre après la ‘disparition’ de Younes, Mme Zraidi était très inquiète, convaincue rapidement de l’enlèvement de Younes, selon l’équipe venue témoigner vendredi à la barre.

« C’était une maman mais aussi une épouse en souffrance », a indiqué la directrice, en faisant allusion aux traces de violence visibles sur le visage de Zraidi.

Le frère de la victime, âgé de huit ans au moment des faits, n’aurait pas livré à la police tout ce qu’il sait sur cette affaire. C’est l’impression exprimée vendredi tant par la directrice d’Oasis et que par une autre membre du personnel alors que la police venait d’interroger Wasir. Ce sentiment était d’autant plus marqué que les deux témoins pensaient alors que Younes avait probablement fugué. La directrice de la maison d’accueil a souligné que Wasir donnait des versions changeantes des faits, donnant l’impression qu’il souhaitait qu’on le laisse tranquille. « J’ai l’impression qu’il était loin de tout ça, comme si rien ne s’était passé », a-t-elle dit. Le garçon déclarait à sa mère en pleurs que cela ne valait pas la peine de verser des larmes. L’adolescent de 11 ans aujourd’hui ne sera pas entendu devant la cour. Le procès reprendra lundi.

(avec Belga)