« Même en cas de crise, la N-VA pourra rester en position de force »

Rédaction en ligne

mercredi 25 juillet 2012, 18:04

Pointée du doigt comme le bon élève, la Flandre n’est pas épargnée par la crise économique. La situation y est même plus inquiétante que dans le reste du pays.

« Même en cas de crise, la N-VA pourra rester en position de force »

©Belga

Alors que la santé économique de la région nourrit depuis des années l’argumentaire du parti de Bart de Wever, la crise dans laquelle s’enfonce la Flandre pourrait-elle porter atteinte au parti nationaliste flamand et à son leader ? Éléments de réponse avec François Heinderycks, Docteur en communication, information et journalisme, professeur a ? l’université ? libre de Bruxelles (ULB)

La force économique de la Flandre nourrit en profondeur la rhétorique de la N-VA et de Bart de Wever. Est-ce qu’une crise économique de la région pourrait infléchir son discours politique ?

Les contextes de grandes incertitudes favorisent les discours politiques de rupture et de changement. Les partis politiques traditionnels y sont accusés d’appliquer des vieilles recettes. Dans ce genre de contexte de crise économique mondiale, le discours de la N-VA trouve au contraire un terrain favorable. On pourrait penser spontanément qu’une crise systémique devrait porter des partis comme les Verts qui incarnent un changement de paradigme. Mais les changements radicaux qu’ils proposent sont trop directement liés à nos modes de vie. Tandis que pour la N-VA, la rénovation implique un changement de posture politique, qui questionne davantage les principes dans la façon d’aborder la gestion publique par exemple. Il joue la carte « du bon sens » du « sens commun ». Les espaces de réalité de la N-VA sont restreints mais pas menaçants. Et à force de répétition, ses slogans ont pris de la place dans l’espace politique. Même si la situation économique de la Flandre empire, le parti pourra rester en position de force. Il pourra prendre le contre-pied.

Il y aurait comme une marque « Bart de Wever » insensible au contexte politique et économique ?

J’hésiterais à parler de marque. En revanche il y a une véritable incarnation du parti. Quelque soit l’importance de l’appareil politique, l’incarnation par une figure emblématique n’est pas simplement symbolique, elle fournit aussi des repères solides aux électeurs qui s’identifient à Bart de Wever. Cela peut paraître anecdotique mais du coup, avec ce fameux régime, il a pris certains risques. Le risque que ses électeurs ne s’identifient plus à lui.

Avec sa carrure de « bon-vivant », il dégageait une certaine bonhomie, il représentait l’assurance. Il correspondait donc aux aspirations de l’électorat. Le changement a été brutal. Or l’une des lignes de conduite en communication politique c’est que le changement brutal risque de déstabiliser l’électeur. Il a certes montré un trait de caractère qu’on lui connaissait : la détermination. Mais en politique, il s’agit parfois davantage d’une relation à un individu qu’à un ensemble programmatique.

Si la Flandre s’enfonçait un peu plus dans la crise, difficile de tenir le discours de stigmatisation du « boulet économique wallon », le parti sera également attendu sur le terrain économique ?

C’est vrai que les clichés sur lesquels s’appuie le parti de Bart de Wever consistant à stigmatiser « le Wallon », le présentant comme un boulet économique, pourront difficilement résister à l’épreuve des faits. Mais ça fait des années que les chiffres nous prouvent que les grèves en Flandres par exemple sont plus importantes quantitativement qu’en Wallonie, ou que le patient wallon ne coûte pas plus cher que son voisin flamand. Mais par définition un argumentaire politique fondé en partie sur les clichés n’a que faire de la réalité. Pour ce qui est de la rhétorique de manière générale, quand vous avez un programme idéologique aussi ancré, votre lecture du monde s’ajuste favorablement à votre image.

La difficulté pour le parti aujourd’hui c’est qu’on attend une réponse économique. Le discours économique est devenu le centre de gravité de la décision politique, qui pourtant laisse de moins en moins de marge de manœuvre. Mais même si sa rhétorique conserve des éléments saillants comme l’immigration, la N-VA en gagnant en popularité a élargi son registre politique, elle occupe tout le terrain y compris celui des questions économiques.

Les difficultés économiques de la Flandre lui pendaient au nez, comme la déliquescence du secteur tertiaire, mais même si la région s’enfonce le parti pourra retourner la situation à son avantage. En prétextant que c’est le manque d’autonomie qui les a tirés vers le bas, qu’avec d’avantage d’autonomie ils n’en seraient pas arrivés là. Bart de Wever pourra toujours rebondir. C’est bien cela l’opportunisme politique. Ce n’est pas une critique c’est un fait. Il s’agit de capitaliser sur les moments d’inquiétudes et d’angoisse en présentant un discours d’espoir, encore une fois un discours qui prône le changement. Cette posture leur a toujours été favorable.

Les élections communales le confirmeront peut-être. On attend de voir.

Alicia Bourabaa