Chapitre 7 : marocaine, le parcours, sa tombe

BEATRICE DELVAUX

samedi 28 juillet 2012, 18:48

Après Guy Verhofstadt, c’est au tour de Fadila Laanan d’être interviewée par Béatrice Delvaux pour « les racines élémentaires ». Chapitre 7 : ses origines, son parcours. « Le trajet n’est pas fini ».

Que vous reste-t-il de cette identité marocaine ?

J’ai essayé de prendre le meilleur des deux cultures que j’ai vécues. J’aime la cuisine marocaine, le couscous de ma mère est le meilleur du monde. Quand je vais au Maroc, je me sens très bien dans ma belgitude, une belgitude de combat. Mais je sais que j’ai un lien avec cette terre marocaine, à travers mes parents et les parents de mes parents. Mes enfants, qui ont un nom de famille belge, me disent « on est belges et marocains ». Ils jouent beaucoup sur cette double identité, pour eux c’est important, c’est une richesse.

Quand vous regardez votre parcours, du Rif à l’Atomium, à la culture ?

Je me dis ce trajet, il n’est pas fini. Ce n’est pas parce que je suis ministre que je suis arrivée au sommet. Le sommet, c’est de se lever tous les jours et de se dire qu’on aime ce qu’on fait. Je n’ai jamais compté mon temps parce que je suis passionnée par ce que je fais. Si je ne suis plus ministre ? Je ferai autre chose. Etre ministre, c’est extraordinaire, fait qu’on peut réaliser des choses au service des citoyens mais on peut aussi le faire autrement. Quand j’étais dans l’associatif, j’ai fait plein de choses et je n’étais pas moins utile, ou pertinente.

Ce qui me fait plaisir, c’est quand je croise des parents qui disent à leurs enfants : « Regarde, elle était du quartier, elle est comme toi ». Je suis fière si je peux servir d’exemple positif et donner à ses jeunes le désir de réaliser leur rêve : être juge, médecin, électricien, mécanicien, facteur. Il ne faut jamais faire les choses à moitié, jamais être malhonnête avec le travail. Je déteste – cela me fait toujours peur, je regarde toujours mes enfants pour qu’ils ne soient pas comme cela – les gens qui traînent les pieds. Cela m’insupporte. On est là parce qu’on a des choses à faire et on doit les faire avec joie.

Je trouve aussi cet autre principe très juste : « si tu te prends au sérieux, n’oublie pas d’en rire ». Je déteste l’arrogance et le mépris. C’est pour cela que j’étais un peu rude par rapport à mon collègue Reynders. Mais je n’oublie pas d’où je viens.

Sur votre tombe, sous votre nom, qu’aimeriez-vous qu’il soit écrit ?

« Si vous voulez vivre votre rêve, soit dormez et continuez à le rêver. Soit levez-vous et vivez-le ». C’est vraiment ce que je vis. Quand je rencontre des jeunes qui me disent « y’a rien, c’est foutu, y a pas d’espoir », je leur réponds : « Investissez-vous dans votre scolarité, allez dans les maisons de jeunes, ne dites pas que rien n’est possible. » C’est vrai qu’à mon époque, on avait de l’espoir. Je n’ai jamais connu mon papa au chômage, il a toujours travaillé. Aujourd’hui on est dans un contexte plus difficile. Il faut toujours transmettre que c’est toujours possible mais qu’il y a un effort à faire.