Libération de Michelle Martin : l'indignation monte

Rédaction en ligne

mardi 31 juillet 2012, 22:41

Alors que le procureur général de la Cour d'appel a fait savoir qu'il ira en cassation contre la décision du tribunal d'application des peines, l'indignation enfle. Sur les réseaux sociaux des manifestations s'organisent.

Michelle Martin devrait être libérée après avoir purgé plus de la moitié de sa condamnation à 30 ans de réclusion, pour entrer au couvent de Malonne. En effet, le tribunal d'application des peines (TAP) de Mons l'a autorisée mardi à séjourner dans le couvent des sœurs clarisses de Malonne, près de Namur, à condition de se « tenir à distance » des familles des victimes.

L’incarcération de Michelle Martin

Incarcérée depuis son arrestation en 1996, Michelle Martin, 52 ans, a purgé plus de la moitié des 30 ans de réclusion auxquels elle avait été condamnée en 2004. Cette ancienne institutrice avait été reconnue coupable d'avoir séquestré plusieurs des jeunes victimes de Marc Dutroux et d'avoir laissé mourir de faim Julie Lejeune et Melissa Russo, âgées de huit ans, emmurées dans un cachot aménagé dans sa maison de Marcinelle, près de Charleroi.

Mais l'ex-femme de Dutroux devra encore attendre pour savoir si elle sort de prison. Le parquet général a introduit un pourvoi en cassation qui suspend la décision de remise en liberté, a indiqué l'agence Belga. La plus haute juridiction du royaume dispose de 30 jours pour se prononcer.

En attendant, l'indignation monte au sein des partis politiques, mais surtout au sein de l'opinion publique. Deux manifestations ont été organisées. L'une d'elles, créée sur le réseau social Facebook, a déjà été fixée à ce vendredi 10 heures devant le couvent de Malonne, selon les informations de Sudpresse. Et les groupes nommés « Non à la libération de Michelle Martin » fleurissent sur le réseau social et attirent toujours plus de membres.

« Il faudra veiller de près au respect des conditions de la libération »

La justice suivra de près si les conditions de la libération de Michelle Martin sont respectées, a indiqué la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom. « Si la Cour de cassation estime qu'il n'y a pas eu de faute dans la procédure et que Michelle Martin est effectivement libérée, l'assistant de justice veillera de près au respect des conditions de la libération », a déclaré le porte-parole de la ministre.

« Un défi » pour les abbesses

Soeur Christine, l'abbesse des clarisses de Malonne, a confirmé que son institution était prête à accueillir Michelle Martin. « Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l'horrible souffrance des victimes et de leur famille », explique-t-elle dans un communiqué. « Comment porter ces deux réalités à la fois ? (…) Notre cœur de femmes en a été troublé. Nous avons choisi d'accueillir ces deux souffrances l'une avec l'autre », a-t-elle ajouté.

« Elle n'est pas la femme qui était rentrée en prison en 1996 »

Son avocat, Thierry Moreau, a assuré sur la chaîne de télévision RTL-TVI qu'elle « n'était pas la femme qui était rentrée en prison en 1996 ». « Sa culpabilité la poursuivra jusque dans la tombe, la seule chose qu'elle puisse essayer de faire, c'est essayer de se racheter », a-t-il ajouté.

Les familles dénoncent la décision de la justice

Les familles des victimes ne se remettent pas de l'annonce de la libération de Michelle Martin. « Les droits des victimes sont bafoués. De plus je suis surpris d'entendre parler d'indemnisations dont les familles des victimes n'ont jamais vu la couleur depuis tant d'années » a accusé l'avocat de la famille de Laetitia, Georges-Henri Beauthier. « C'est le renard qu'on va jeter dans un poulailler » a lancé Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, estimant que Michelle Martin était « responsable de la mort de quatre enfants » « Je n'accepte pas le pardon et la réinsertion » a-t-il dit. « Nous avions demandé qu'il y ait une distance de 100 kilomètres entre notre domicile et le lieu où elle séjournerait. Ce ne sera pas le cas étant donné qu'elle sera hébergée à Malonne, il n'y en aura que 60 », a déploré le papa de Julie.

En mai 2011, une demande de libération anticipée avait été acceptée par le TAP de Mons. Dans le cadre de son programme de réinsertion, l'ex-femme de Dutroux, qui dit être devenue très religieuse, avait proposé de résider dans un couvent en France. Mais le ministère français de la Justice avait bloqué cette option, expliquant qu'elle risquait de créer un trouble de l'ordre public.

Mardi, plusieurs partis politiques, dont le MR, le PS, le CDH et le SP.A, ont demandé avec plus ou moins de force l'instauration de peines incompressibles.

Polina Vorobieva avec Belga et AFP