Fleurus : des années pour démanteler le site nucléaire au prix fort
MICHEL DE MUELENAERE
mardi 14 août 2012, 14:03
Les opérations de traitement des déchets radioactifs et d’assainissement des locaux de BMB débuteront mi-septembre. « On est parti pour 5 à 7 ans. »
Les révélations du « Soir » concernant la situation dans les locaux du site de Best Medical Belgium à Fleurus ont suscité un grand nombre de réactions, ce mardi. « Inacceptable », « intolérable », qualifie la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet (CDH), compétente pour la sécurité nucléaire. De son côté, le secrétaire d’Etat à l’Environnement, compétent pour la gestion des déchets nucléaires, a demandé à l’Ondraf d’intervenir.
Des déchets déjà anciens
L’Office national des déchets radioactifs et fissiles reprendra d’ici la mi-septembre la gestion du site de l’ex-BMB dont la faillite a été déclarée le 17 mai et qui est depuis administrée par deux curateurs. « Nous sommes l’ambulance et les pompiers », explique le directeur général de l’Ondraf, Jean-Paul Minon qui a pu se rendre sur place et y a découvert une situation « anormale ». « Il y a eu, dit-il, rétention de déchets par l’exploitant. Et cela ne date pas d’aujourd’hui ». Les déchets radioactifs – des sacs et des touries contenant du strontium 90 - découverts par les contrôleurs semblent en effet être relativement anciens déjà. Dans l’urgence, l’Ondraf a « sécurisé » une partie du passif. Une partie des sacs a été mise dans des conteneurs spéciaux pour le transport de déchets radioactifs. Mais une partie des déchets liquides restent pour l’instant ingérables. Il importe d’abord de savoir à quoi on a exactement affaire, indique l’Ondraf : « Il faut trier, caractériser, puis évacuer les déchets. Mais tant qu’ils ne sont pas caractérisés complètement, je les laisse sur le site, sinon je ne fais que transférer le problème ».
L’Ondraf est en possession d’un inventaire du dangereux passif de l’exploitation sur le site de Fleurus. Mais il faut le confronter aux constats sur place. Et l’on n’exclut pas les surprises. Possible que « l’inventaire ne corresponde pas à la réalité ».
Une facture de 50 millions?
Il y a en tout cas du travail pour un moment. « On est parti pour une période de 5 à 7 ans pour évacuer les déchets », dit Minon. Ensuite, il faudra démanteler les installations qui ont servi à la production d’isotopes. Pour le patron de l’Ondraf, la facture pourrait s’élever à 40 voire 50 millions rien que pour la partie nucléaire (hormis les locaux, donc). Une somme prise en charge par le fonds d’insolvabilité alimenté par les producteurs nucléaires.
Risque pas entièrement maîtrisé
Pour l’heure, il n’y a pas de danger pour les riverains, disent les autorités. La situation des locaux où travaillent encore 4 à 5 personnes est « bien connue », dit un expert, même si « elle n’est pas réjouissante ». La première chose, c’est de sécuriser, insiste Minon. « Il ne faut pas exagérer le risque mais on ne peut pas dire qu’il est parfaitement maîtrisé aujourd’hui ».
Réagissant à nos informations, Ecolo et Groen ont jugé qu’elles posent « de lourdes questions sur la sécurité des riverains du site et appelle à une réaction beaucoup plus vigoureuse que celle qui a été assurée jusqu’ici par les autorités de contrôle nucléaire et par les membres du gouvernement en charge du dossier nucléaire. la dangerosité des matériaux utilisés nécessitait un suivi plus strict que celui qui a été assuré par nos autorités de contrôle. C’est ce qui est réclamé depuis des mois via questions parlementaires de Georges Gilkinet au Parlement fédéral et de Xavier Desgain au Parlement wallon ».
Milquet : « Une situation inacceptable »
La ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet (cdH), a dénoncé mardi la « situation inacceptable » au sein des locaux de Best Medical Belgium, à Fleurus. Dans un communiqué, Mme Milquet précise avoir été informée de cette situation le 24 juillet dernier par le cabinet du secrétaire d’Etat en charge de l’Energie, Melchior Wathelet. Sur base de ces informations, la ministre de l’Intérieur, responsable pour les questions de sécurité nucléaire, a « immédiatement convoqué une réunion avec tous les acteurs concernés par ce dossier ».
Celle-ci a rassemblé l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN), sa filiale technique Bel V, l’Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (ONDRAF), l’Institut des radioéléments (IRE), un représentant de Best Medical Belgium, et le cabinet de M. Wathelet. « Cette réunion, qui s’est tenue le 27 juillet, avait comme premier objectif de résoudre le plus rapidement possible cette situation intolérable, que Joëlle Milquet a tenu aussitôt à dénoncer avec la plus grande fermeté, notamment auprès de l’AFCN », poursuit le communiqué.
Après cette réunion, l’ONDRAF fut chargé, le 1er août, de « prendre toutes les mesures nécessaires », à savoir l’évacuation des déchets et le démantèlement. Celui-ci a depuis lors effectué « des actions sur les lots les plus préoccupants, contribuant à améliorer la situation au travers d’une mise en conteneurs », indique la ministre de l’Intérieur. Celle-ci a appelé dans la foulée l’AFCN à « renforcer son contrôle et assurer un suivi minutieux des différentes initiatives à prendre, en étroite collaboration avec sa filiale technique Bel V ». Une nouvelle inspection jointe, AFCN et Bel V, a ainsi eu lieu la semaine passée pour s’assurer du suivi. « La sécurité des travailleurs et des riverains est (ma) première priorité » « conclut la ministre qui dit suivre ce dossier « quotidiennement avec la plus grande vigilance ».
(avec Belga)