Michelle Martin : les magistrats défendent la liberté conditionnelle
POLINA VOROBIEVA
vendredi 17 août 2012, 16:33
« La liberté conditionnelle est l’unique espoir pour les condamnés », explique l’Association syndicale des magistrats. Pour eux, il faut cesser de parler d’« errements de la justice » lorsque les instances judiciaires exercent leur mission.
© AFP
L’Association syndicale des magistrats (ASM) défend dans une lettre le principe de la liberté conditionnelle alors qu’une marche sera organisée dimanche contre la libération conditionnelle de Michelle Martin. L’association syndicale rappelle son rôle est de garantir « l’égalité entre les citoyens. »
Dans ce cadre, la liberté conditionnelle est un mode d’exécution de la peine privative de liberté, par lequel le condamné subit sa peine en dehors de la prison, écrit le président de l’ASM, Hervé Louveaux.
La justice ne peut pas réparer les torts causés
Dans cette lettre les magistrats expliquent que « la libération conditionnelle, outil indispensable de la politique criminelle. » Et ils insistent sur le fait que la justice ne pourra pas réparer les torts causés aux victimes. « C’est mission impossible : jamais elle ne pourra apaiser le sentiment d’horreur ni réparer les souffrances subies par les victimes, qu’il s’agisse de l’affaire Dutroux, dans laquelle les parents ont mené un combat exemplaire en vue de réformes nécessaires, ou de tant d’autres dossiers dont on a moins parlé. »
« Les condamnés ont des droits »
Pour eux, il faut cesser de parler d’« errements de la justice » lorsque les instances judiciaires exercent leur mission : « Malgré cette impossibilité, la mission de la justice comprend celle de revoir les condamnés, souvent de nombreuses années après leur jugement et après l’exécution d’une grande partie de leur peine, et d’examiner leurs possibilités de réinsertion dans notre société. Les condamnés ont des droits, sans lesquels il n’y a pas de dignité humaine. »
La liberté conditionnelle comme unique espoir pour les condamnés
La liberté conditionnelle représente l’unique espoir pour une grande partie de la population pénitentiaire, affirme l’Association syndicale des magistrats. « Cet espoir passe par un parcours semé d’embûches, qu’il faut entreprendre et répéter pour éviter de sombrer dans l’impasse que représentent les longs séjours dans nos prisons. Car celles-ci offrent fort peu de perspectives : dans l’état actuel des choses, il ne faut pas trop compter sur les années passées derrière les murs pour assurer la prévention de la récidive. Cette prévention relève bien plus du tribunal de l’application des peines à qui est confiée la mission d’évaluer l’existence ou non d’un risque de récidive et de décider des libérations conditionnelles ainsi que d’autres mesures à l’égard des condamnés qui permettront de les suivre et les encadrer afin de travailler à leur réinsertion. »
Au slogan : « Ils ont mérité leur sort », les magistrats répondent : « Sans commenter la décision qui a été prise dans le cas de Michelle Martin, nous relevons qu’il est fondamentalement inexact et injuste de dénoncer l’application de la loi par un tribunal comme un dysfonctionnement de la justice, au motif que tel justiciable devrait être privé des droits reconnus légalement à tous. »
« Dans l’état de droit auquel nous aspirons, il est du devoir de la juridiction saisie d’un recours de rester insensible aux pressions de l’opinion et des médias. Tous, nous devons le comprendre et l’admettre », conclut l’Association syndicale des magistrats.