8 Flamands sur 10 pour la survie de la Belgique

VANOVERBEKE,DIRK

jeudi 27 mai 2010, 15:44

J–17 Selon une enquête interne réalisée par le CD&V, seuls 15 pc des personnes interrogées estiment que la Belgique doit disparaître. De quoi remettre en cause le score élevé de la N-VA dans les sondages. Par Dirk Vanoverbeke

8 Flamands sur 10 pour la survie de la Belgique

BELGA

Les nationalistes flamands caracolent en tête de tous les sondages. Ils auraient même « fait le trou », larguant à plusieurs longueurs tous leurs concurrents, s'il faut en croire la dernière enquête d'opinion en date, effectuée début mai, soit dès le lancement de la campagne, par l'institut TNS/ Dimarso à la demande de la N-VA, du SP.A et du VLD.

Selon ce dernier cliché des intentions de vote flamandes, le parti de Bart De Wever devient en effet la pièce maîtresse de l'échiquier du Nord du pays : 26 % des électeurs accorderaient leur voix au parti qui plaide ouvertement pour la scission du pays. Loin derrière, le CD&V est crédité de 19,5 % des intentions de vote pour 16 % au SP.A, 12,4 % au VLD, 10,3 % au Vlaams Belang, 7,8 % à Groen et 5,4 % à la liste Dedecker qui, elle, flirte avec le seuil électoral.

La campagne électorale en Flandre se polarise donc de plus en plus autour de la N-VA et du bras de fer auquel les nationalistes se livrent avec leur ancien partenaire de cartel, le CD&V de Marianne Thyssen. Derrière ces deux partis désormais rivaux, les autres formations sont quasi reléguées au rang de simples figurants, les premiers poursuivants, les socialistes flamands de Caroline Gennez, dans l'opposition au fédéral, ne parvenant qu'à stabiliser le score obtenu lors des dernières élections régionales de 2009. La N-VA, elle, doublerait son résultat de l'année dernière : de 13,15 % à 26 %. Et le CD&V reculerait, toujours selon ce sondage et pendant la même période d'un an, passant de 22,95 % à 19,50 %. Il ne s'agit, bien sûr, que d'un sondage livrant, qui plus est, un état de l'opinion flamande quinze jours après la chute du gouvernement. Même si la vérité ne sortira que des urnes, il n'en traduit pas moins une montée en puissance des nationalistes, soulignée par d'autres enquêtes d'opinion. En attendant le 13 juin, le CD&V et la N-VA qui s'étaient présentés, en cartel, lors du précédent scrutin fédéral de 2007, sont désormais à couteaux tirés.

Selon une autre enquête, 15% de Flamands opposés à la survie de l'Etat

A moins de trois semaines du scrutin, les chrétiens démocrates de Marianne Thyssen s'engagent donc dans une course-poursuite avec les troupes de Bart De Wever. Le CD&V a commandé une enquête auprès de 10.000 personnes habitant en Flandre, invitées à répondre à la question : « Estimez-vous que la Belgique doit disparaître ? » Les résultats livrés à bonne source sont édifiants : 15,4 % des personnes interrogées répondent par l'affirmative mais 84,6 % des personnes interrogées répondent non.

Une écrasante majorité de Flamands souhaite le maintien du pays et refuse le séparatisme. Si ces proportions fluctuent très peu sensiblement en fonction des tranches d'âge des personnes interrogées, elles diffèrent selon le sexe du large échantillon soumis à l'enquête. Si 78,5 % des hommes se prononcent contre l'éclatement du pays, le pourcentage grimpe à 91 % chez les femmes.

Cette enquête donnera du grain à moudre à tous ceux qui, d'ici au 13 juin, désigneront la N-VA comme l'épouvantail, le fossoyeur d'un pays dont une très large majorité de Flamands et une écrasante majorité de Flamandes souhaitent le maintien.

Luc Cortebeeck, patron du puissant syndicat chrétien, a récemment invité à snober la N-VA, parce qu'elle risquait, au moment où la Belgique a plus que jamais besoin d'être gouvernée, de bloquer tout compromis. Bart De Wever est prévenu : il peut s'attendre à un tir de missiles lancés cette fois par le CD&V et par d'autres partis flamands contre sa volonté affichée de faire éclater le pays et les dangers qu'une telle partition générera, y compris pour les citoyens du Nord.

On saura le 13 juin si cette stratégie de la diabolisation sera payante ou si, au contraire, le pari de la victimisation ne dopera pas encore davantage le score des nationalistes flamands.