Les cinq enseignements du scrutin

OLIVIER MOUTON

lundi 14 juin 2010, 11:11

La N-VA de Bart De Wever est le grand vainqueur des élections législatives de ce dimanche, recueillant près d’une voix sur trois en Flandre. Du côté francophone, c’est le PS qui l’emporte largement. Les libéraux, tant au Nord qu’au Sud, sont les grands perdants. Et après ? Ce résultat « historique » pourrait remettre en cause les fondements de l’Etat belge. L’analyse d’Olivier Mouton

Les cinq enseignements du scrutin

© Thienpont

Un « tremblement de terre ». Un résultat « historique ». Même si elle était attendue, la victoire des nationalistes flamands de la N-VA a provoqué des réactions à la mesure de son importance, dimanche. D’autant qu’elle s’avère plus nette encore dans les chiffres que dans les sondages : près d’un électeur flamand sur trois a voté pour la N-VA. Du côté francophone, le PS remporte une victoire d’une mesure similaire, s’imposant comme valeur refuge face aux craintes liées à la réforme de l’Etat et, surtout, à la crise socio-économique. Voici les grandes tendances – limpides – de ce scrutin. Et les perspectives qui, elles, sont loin de l’être.

Une participation dans la norme

Le risque d’une abstention record était un des grands enjeux de l’élection. Mais les électeurs se sont mobilisés face aux enjeux du scrutin. L’abstention est restée finalement limitée à un niveau « habituel », autour de 5,7 %

1. La N-VA est incontournable en Flandre

C’est un véritable « tsunami » De Wever. Les nationalistes flamands remportent quelque 30 % des voix au nord du pays. Leur président Bart De Wever est de loin le recordman de voix de préférence au Sénat, dépassant très largement le demi-million de voix. Cela se traduirait pour la N-VA par 27 sièges à la Chambre contre 17 au CD&V, 13 au SP.A et 13 à l’Open VLD (chiffres à 23h30). Traduction ? « C’est à Bart De Wever de prendre l’initiative », disent en chœur les responsables du CD&V et du SP.A. Politiquement, il est impensable de mettre les grands vainqueurs de côté. « Nil volentibus arduum. Pour ceux qui le veulent, rien n’est impossible », a souligné Bart de Wever. En tendant la main aux autres partis… flamands d’abord. « 70 % des électeurs flamands ont voté pour d’autres partis », a-t-il indiqué. « Il faudra désormais construire des ponts. » Les grands perdants sont le CD&V, l’Open VLD et le Vlaams Belang. En toute logique, une majorité semblable à celle qui est active au niveau régional pourrait s’imposer, avec des rapports de force différents : N-VA, CD&V, SP.A.

2. Le PS grand vainqueur du côté francophone

S’il ne s’agit pas, là, d’un tsunami, c’est toutefois une « victoire éclatante », reconnue par tous, du MR à Ecolo. Les socialistes francophones ont, eux aussi, séduit près d’un électeur sur trois en Wallonie, progressant fortement et constituant une véritable valeur refuge au cœur de la crise. Cela se traduirait par 26 sièges à la Chambre contre 18 au MR, 10 au CDH et 8 à Ecolo (chiffres à 23h30). « Ce soir, s’est réjoui le président du PS Elio Di Rupo, après près de 20 ans, les socialistes redeviennent la première famille politique de Belgique. » En ajoutant : « Une grande partie de la population flamande souhaite manifestement que notre pays évolue sur le plan institutionnel. Pour stabiliser notre pays, ce message doit être entendu. » Dans l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, le MR resterait le premier parti, mais avec en perdant des plumes avec 21 % (-1 %) contre 18 % au PS (+4 %). La traduction la plus plausible, c’est de voir la mise en place à l’échelon fédéral d’une coalition Olivier comme elle est active en Wallonie.

3. « Jeter des ponts » entre « deux pays »

Les deux vainqueurs du jour, Bart De Wever (N-VA) et Elio Di Rupo (PS), ont chacun à leur manière appelé au dialogue pour surmonter la crise communautaire avant de se consacrer aux urgences socioéconomiques. « Jeter des ponts », « écouter le vœu exprimé par les électeurs flamands »… : c’est le voeu exprimé de part et d’autre. Mais l’enjeu n’est pas mince. Et les difficultés sont nombreuses. Il s’agit de « deux pays qui doivent trouver un accord », a souligné en français Bart De Wever, comme un lapsus révélateur. Sur les plateaux télévisés, nombre de craintes se sont exprimées face à la montée nationaliste. Une « situation problématique pour la Belgique », dixit Reynders (MR). Une « situation suffisamment grave », dixit Javaux (Ecolo). Les deux nœuds ? La réforme de l’Etat, mais aussi les finances publiques – et les questions sont liées. Avec des convictions fondamentalement différentes de part et d’autre. Les francophones ont réaffirmé leurs limites : sécurité sociale, fiscalité, droits des francophones de la périphérie… S’il s’est montré ouvert, De Wever a rappelé qu’il ne « pouvait tout accepter ». Une alliance objective sera-t-elle susceptible d’être trouvée entre les deux

vainqueurs ? « Nous nous rendrons compte très vite s’il y a une volonté d’arriver à un compromis, dit Elio Di Rupo. « Si ce n’est pas le cas, nous serons dans une autre situation. » Traduction : l’avenir du pays, l’air de rien, est bel et bien en jeu.

4. Place aux consultations royales

« C’est au roi à prendre des initiatives. » Bart De Wever, républicain de conviction, s’est replié derrière la prochaine étape, en toute logique institutionnelle. Albert II se retrouve à nouveau face à un choix cornélien. Il devrait prendre le temps de consulter. Et laisser l’initiative au premier parti (la N-VA) ou à la première famille (socialiste) du pays. Avec quelle majorité possible ? On l’a dit, l’installation de majorités similaires à celles actives dans les Régions tient la corde. Avec quel premier ministre ? Si Bart De Wever n’est pas demandeur ou… incompatible avec l’Etat belge, un socialiste est attendu. Un francophone ? Di Rupo, Demotte ou Magnette… Un Flamand ? Vande Lanotte, Gennez ou Vandenbroucke… Mais avant cela, il s’agit tout simplement de voir si les deux communautés peuvent accorder leurs violons. Les partis flamands réclament un engagement sur la réforme de l’Etat préalable à un accord de gouvernement. Et si cela bloque ? « Nous serions dans une autre situation », dit Elio Di Rupo (PS). Les francophones se disent qu’une majorité alternative serait possible en Flandre, avec les quatre partis démocratiques CD&V, SP.A, Open VLD, Groen ! Mais ce serait faire fi d’un tsunami qui, de toute évidence, changera ces prochaines semaines – ou mois ? – le

visage de la Belgique.