« Un accord à tout prix ? Non »

Rédaction en ligne

lundi 30 août 2010, 16:09

Pour le politologue Pierre Vercauteren, des Fucam, invité de notre chat cet après-midi, il ne faut pas chercher à aboutir à un accord à tout prix.

« Un accord à tout prix ? Non »

PIERRE-YVES THIENPONT

Pourquoi ne peut-on pas mettre sur pied un gouvernement d’union nationale, avec tous les partis ?

En théorie, cela n’est pas exclu, mais la réalité politique et la tradition depuis des dizaines d’année, n’imposent pas ce type de solution. En outer, les résultats des élections de juin dernier ont actuellement pour effet de laisser sur la touche l’ensemble de la famille libérale. Enfin, je retiens dans la question le fait que cela ne concerne que les partis démocratiques. Par contre, il me semble que la table des négociations actuelles est largement entourée et que cela n’exclut pas, au moment du vote, des soutiens extérieurs.

Quelles seraient les conséquences principales d’un non-accord?

La conséquence principale serait de contraindre tôt ou tard les mêmes négociateurs ou éventuellement d’autres, de revenir à la table des négociations. La question qui se posera alors est de voir d’une part si l’on repart de tout ce qui a été acquis jusqu’à présent, ou si l’on rouvre des discussions. Enfin, la question restera ouverte sur le fait de savoir si on souhaitera encore un accord sur tout ou bien si, face à des blocages persistants, on acceptera un accord seulement sur certains points pour former un gouvernement. Pour l’instant, nous sommes toujours dans l’hypothèse de recherche d’un accord sur tous les points.

On est entré dans une phase de musculation “ Dites, est-ce que le citoyen-électeur peut accepter cela encore longtemps ?

Il faut être prudent sur la contrainte du temps. Les négociations portant sur des questions à ce point fondamentales pour l’avenir de l’Etat, il vaut mieux que les négociateurs prennent tout le temps nécessaire pour aboutir à un accord qui doit répondre à trois impératifs: une Belgique stable, une Belgique durable, une Belgique viable.

Cependant, et le discours d’Elio Di Rupo va quelque part part dans ce sens, les négociations institutionnelles ne doivent pas occulter la nécessité d’agir sur les enjeux économiques, sociaux et budgétaires.

Croit-on vraiment que la N–VA et le CDV pourraient maintenant dire oui a l’offre pour laquelle ils ont dit non hier. ce serait perdre la face.

Je pense que cela dépend de deux éléments. D’abord, du fait de savoir si le refus exprimé hier portait sur les garanties permettant de rétablir la confiance ou bien si la demande de garantie ne cachait pas, en particulier dans la N-VA, le refus du compromis sur BHV et Bruxelles. D’autre part, cela dépend aussi de la réaction du CD&V et de la N-Va au discours d’Elio Di Rupo ce matin.

Ces négociations ont-elles un sens, si le but des flamands est la scission à long terme?

Observons sur cette question que la majorité des Flamands ne souhaite pas la fin de la Belgique. Cela étant, la victoire électorale de la N-VA lui donne politiquement les moyens d’avancer au minimum vers le confédéralisme et tout au plus de forcer une étape vers l’objectif d’indépendance de la Flandre. On ne peut cacher ici que les négociations sont marquées par une ambiguïté sur l’avenir de l’Etat belge du côté des partis flamands. A court terme, les Flamands convergent vers la confédéralisation de la Belgique, mais les opinions divergent en Flandre sur les étapes ultérieures.

Les énormes concessions francophones sur la périphérie peuvent-elles rendre caduque toute idée d’une continuité territoriale entre la Wallonie et Bruxelles - futur Etat francophone - quand la scission adviendra ?

D’abord il convient de voir quelles seront les conditions précises de la scission de BHV. D’autre part, cela dépend aussi de la durabilité de la solution qui peut émerger de ces négociations. Si dans les conditions est stipulé que l’accord est pour une durée de 20 ou 30 ans, cela peut couper l’herbe sous le pied de ceux qui l’envisagent comme une étape intermédiaire. Toutefois on ne peut jamais présager de l’avenir, dans un sens ou l’autre.

Enfin, n’oublions pas que au principe du droit du sol d’un coté répond toujours le principe du droit des personnes de l’autre, et la question reste alors ouverte de la réaction de la Communauté internationale en cas de scission.

Globalement, Elio Di Rupo n’ affaiblit-il pas la position des francophones ?

Je pense qu’Elio Di Rupo est soumis à plusieurs contraintes. Une contrainte objectivement générale, la difficulté des questions en présence. Deuxièmement, il y a la difficulté des résultats des dernières élections. Un vainqueur nationaliste flamand d’un côté, et un autre vainqueur d’une couleur tout à fait différente du côté wallon. Il y a aussi le poids des attentes, très différentes entre le Nord et le Sud du pays, auxquels s’ajoute un contexte économique et budgétaire très difficile.

Enfin, il y a aussi l’ambition d’Elio Di Rupo de réussir ce nouveau challenge. Cela fait beaucoup de pression pour réussir là où beaucoup ont échoué jusqu’à présent.

Un gouvernement à majorité simple ne serait-il pas suffisant ?

Un gouvernement de majorité simple ne serait suffisant que pour la gestion des enjeux économiques, sociaux, et d’environnement. Les questions communautaires, elles, imposent d’avoir une majorité spéciale. Cela étant, si les négociations actuelles, en cas d’accord, permettent d’avoir cette majorité spéciale, rien n’oblige l’ensemble des négociateurs à accepter de faire partie du gouvernement. Il est théoriquement possible d’imaginer qu’un gouvernement à majorité simple soit mis en place pour les questions non communautaires et institutionnelles, mais que pour obtenir le vote de ces questions institutionnelles, le nouveau gouvernement bénéficie d’appuis extérieurs. J’observe cependant que l’attitude de la plupart des partis autour de la table indique davantage une éventuelle participation au gouvernement.

Je pense que les francophones désirent de moins en moins “vivre ensemble” avec les flamands. La radicalisation de l’opinion est une évidence depuis le 13 juin. Et les reculades des négociateurs ne font qu’accentuer le mouvement... Comment dans ce contexte construire une réflexion francophone crédible après avoir mis le MR sur la touche?

Je ne partage pas l’idée selon laquelle les Francophones ont moins le désir qu’avant de vivre avec les Flamands. par contre, il y a une radicalisation par rapport aux revendications des Flamands. Les études et sondages d’opinion ne permettent pas de conclure que la radicalisation implique une volonté francophone de divorce.

Par ailleurs, reste effectivement ouverte la question du MR. pourquoi le MR n’est pas actuellement à la table des négociations? Je vois actuellement trois éléments:

- tout d’abord son échec électoral de juin dernier.

- ensuite, les tensions internes qui ont agité ce parti

- Troisièmement, le fait que l’Open VLD qui a également enregistré un échec électoral refuse de s’asseoir à la table de négociations.

- Enfin, si la participation du MR aux discussions était préférée par Bart De Wever, pour renforcer un accent libéral dans un accord budgétaire, pour cette même raison elle n’était pas souhaitée par Elio Di Rupo

Ma question sera très simple : faut-il aboutir à tout prix à un accord ? Quel prix les francophones sont-ils prêts à payer pour un accord ?

Répondons en deux temps :

- il y a nécessité impérative d’aboutir à un accord tôt ou tard. Faut il aboutir à tout prix? Je ne le crois pas. Et je me réfère à ma réponse à question précédente, sur trois impératifs que devra rencontrer un accord ultime, à savoir, une solution stable, durable et viable pour l’avenir de la Belgique.

- Enfin, en dépit des impatiences qui se manifestent, compte tenu de la difficulté des problèmes à résoudre, il vaut mieux donner du temps au temps.