Deleuze : « Nous n'avons pas peur du PTB »

DAVID COPPI

samedi 31 mars 2012, 11:12

Le co-président d'Ecolo, Olivier Deleuze, revient sur l'éventuelle émergence d'une formation gauche-gauche. L'entretien dans Le Soir

Avec Emily Hoyos, Olivier Deleuze a en main le destin d'Ecolo. Qui traverse une (relative) mauvaise passe : le départ de Jean-Michel Javaux a duré longtemps ; Bernard Wesphael a fait du raffut à l'issue de son échec à l'élection présidentielle ; l'effet Mélenchon en France laisse à penser qu'un parti à la gauche de la gauche pourrait, pourquoi pas, émerger chez nous, ravissant aux verts leur fonction protestataire… Le point avec Olivier Deleuze.

Interviewé dans « Le Soir » mercredi, Jacky Morael évoquait la possible émergence d'une force à gauche de la gauche chez nous, une force « exutoire », un peu sur l'air de Mélenchon en France. Le PTB se verrait bien dans le rôle…

Bon, dire, comme vous le faites, qu'un parti maoïste peut être un phénomène « émergent », là, vraiment ! (Rires.) Back to the future !

Soit. Mais le vote protestataire, exutoire ?

Ecolo a toujours connu l'existence à ses côtés de formations d'extrême gauche, « exutoires », on vit avec ça depuis le début, depuis 1981 et la naissance du parti. Ce n'est pas neuf. Moi, j'ai beaucoup de respect pour leurs électeurs, leurs sympathisants, mais je dis que nous, nous voulons changer les choses. Nuance ! Je me souviens parfaitement, comme si c'était hier, de débats à l'ULB en 1981, où je me retrouvais à la tribune avec des partis comme la LRT (« Ligue révolutionnaire des travailleurs », NDLR), comme TPO-AMADA (« Tout le pouvoir aux ouvriers », ancêtre du PTB, NDLR) et d'autres… Ils disaient : « On est là pour témoigner… » Et moi, j'enchaînais : « Moi, je ne suis pas là pour témoigner, mais pour être élu, et faire changer les choses… » Bon, Ecolo veut réformer, changer la société, avec tout ce qui s'impose alors comme les alliances, les coalitions, l'exercice des responsabilités. C'est notre différence, ça. Enorme.

Bernard Wesphael pourrait lancer son parti.

Emily (Hoyos, NDLR) et moi, on pense qu'il a, qu'il avait, la possibilité de s'exprimer comme chef de groupe wallon. Il a choisi une autre voie. C'est sa liberté.

Donc, l'idée que quelque chose se forme à gauche, Ecolo n'en a pas peur…

Mais non, car ce n'est pas neuf, je vous l'ai dit. Les formations d'extrême gauche montent et dégringolent, elles ne représentent pas un nouveau courant ; elles peuvent être un temps l'expression d'une indignation globale, ça oui, et j'ai plein de respect pour les gens qui à un moment décident de voter pour ces partis, même si je pense que c'est un vote perdu.

Mais franchement, les partis écologistes en Belgique, en Finlande, en Suède, en Allemagne, en France – même si c'est, dans ce cas, avec des difficultés actuellement –, c'est autre chose ! : c'est un phénomène lourd, long, neuf…

« Neuf » ?

Oui : quand on n'est pas aux responsabilités, hop !, on supprime les primes sur l'isolation des bâtiments… Le signe que la culture politique n'a pas encore intégré que le monde est fini, qu'on a un problème avec le productivisme, que les arbres ne vont pas grimper jusqu'au ciel, qu'on ne pourra pas continuer à faire plus, plus, plus avec la même chose ! Il y aura un retour de bâton. Tout ça, Ecolo le dit, c'est l'alternative.

Reste que le président du PTB, Peter Mertens, nous l'a expliqué récemment, en substance : on est heureux de l'arrivée du duo Deleuze-Hoyos à la tête d'Ecolo car ils n'incarnent pas la gauche…

C'est comme il veut… Je connais les maoïstes depuis 1981 : Amada, Ludo Martens, tout cela… Ils changent de temps en temps d'emballage, de communication – ce qui se passe maintenant –, mais c'est tout. Ecolo est clairement le parti héritier des valeurs de gauche. Point.