Quelles places pour les femmes élues ?

MELANIE GEELKENS

vendredi 01 juin 2012, 11:40

A Liège, seules 10 femmes bourgmestres sur 84. En 2006, seules 26,4 % des femmes ont été élues échevines. Le problème serait lié aux places qui leur sont octroyées sur les listes

Quelles places pour les femmes élues ?

Une liste qui ne serait composée que de femmes ? Une fausse affiche réalisée durant une précédente campagne © J-C Dessart

En découvrant la nouvelle campagne des Femmes prévoyantes socialistes, intitulée « Votez sans préjugés », il faut bien avouer que l'on a pensé : « Des problèmes de parité sur les listes ? Faut pas rigoler, on est en 2012 ! »

Puis on a tout de même sorti la calculette. Gloups ! Si 38,5 % des postes de conseillers communaux se conjuguent au féminin, plus on se rapproche des postes-clés, plus le pourcentage s'amenuise : 31 % de présidentes de CPAS, 26,4 % d'échevines et 11,9 % de femmes bourgmestres (10 sur 84). Pourtant, en 2006, depuis la loi de 2002 imposant la parité sur les listes électorales, les deux genres étaient sur le même pied d'égalité.

Mais si la loi impose l'alternance aux deux premières places, il n'en va pas de même pour les suivantes. Or les femmes serviraient régulièrement de « bouche-trous » pour remplir le ventre mou du classement, peu exposé aux suffrages. « Ce facteur compte, car dans notre système électoral, figurer parmi les 1ers candidats augmente les chances d'être élus, grâce au report des votes en case de tête », souligne le politologue Jean Faniel.

À l'exception d'Écolo, les partis ne sont pas partisans de la « tirette », soit l'alternance totale sur la liste. « On essaye de respecter une parité par tranche de plusieurs candidats. Mais ce n'est pas toujours simple, car il y a d'autres critères à respecter, comme la représentation des différents villages », explique Dominique Drion, président de l'arrondissement liégeois du CDH. « J'ai proposé le système de tirette dans ma commune, raconte Christine Servaes, députée-bourgmestre de Juprelle. Mais un échevin ne voulait pas qu'une autre échevine soit placée avant lui… »

Dans certaines entités, la question est surtout : où sont les femmes ? « On rencontre parfois des difficultés pour recruter, confirme Nicole Maréchal, secrétaire régionale Écolo. On a d'ailleurs organisé des actions spécifiquement destinées aux femmes dans les locales. Le souci, pour elles, c'est souvent de combiner carrières politiques, professionnelles et familiales. » « Celles qui souhaitent s'engager sont encore freinées par des problèmes d'organisation interne, enchaîne Willy Demeyer, président de la fédération liégeoise du PS. La première révolution doit d'abord s'opérer au sein des couples ! »

Bref, se présenter est une chose. Obtenir un poste à responsabilité en est une autre. Chaque parti obéit à sa « popote interne ». Même avec un nombre de voix important, rien ne garantit de devenir échevin(e). « Cela ne joue pas que contre les femmes, ajoute Philippe Dodrimont, président de la Fédération MR de l'arrondissement de Liège. Plus jeune, malgré un bon score, on m'avait écarté au profit d'hommes plus âgés. Toutefois, je suis sûr que la question de la parité va évoluer dans le bon sens. » Bilan le 14 octobre

« Une femme qui a du pouvoir, ça perturbe encore »

Il y a celles qui estiment que leur sexe ne fut peut-être pas un handicap, mais au moins une difficulté. Puis il y a celles qui jugent au contraire que la question du genre n'a jamais influencé leur carrière. Ni en bien, ni en mal. Mais toutes le reconnaissent : la politique reste un univers hautement viril.

« Je ne citerai pas de noms, mais c'est clair que j'ai déjà été confrontée à quelques machos désagréables !, glisse Nicole Maréchal, secrétaire régionale Écolo à Liège. Toutefois, être une femme n'a jamais été un désavantage. » Christine Servaes, députée-bourgmestre (CDH) de Juprelle, acquiesce. « Mais dans ma commune, la voie était déjà tracée : avant moi, l'écharpe mayorale était portée par une femme depuis 30 ans. Puis je viens d'une famille de 6 frères, alors j'ai appris à m'imposer ! » Des positions défavorables pour aux femmes sur les listes ? Pour elle, il s'agit d'un faux problème. « Je suis la preuve vivante que la place n'a pas d'importante. La première fois que j'ai été élue, j'étais avant-dernière. »

Pour Isabelle Simonis, bourgmestre socialiste de Flémalle, « une femme en politique c'est devoir prouver deux fois plus de compétences, deux fois plus de sérieux, deux fois plus de disponibilité. Aux élections de 2006, il n'était pas rare d'entendre des commentaires du style : “une femme ne sait pas gérer”, “elle ne sera pas suffisamment disponible…” Il faut du temps pour que les mentalités évoluent, mais j'ai quand même l'impression que cela progresse. »

« Bien sûr que les préjugés existent toujours. Une femme qui possède un certain pouvoir, ça en perturbe encore certains », enchaîne Laura Iker, bourgmestre d'Esneux (MR). Et de raconter que lorsqu'elle a décidé de se lancer en politique, c'était notamment parce que sa situation familiale s'y prêtait. « Un divorce et une garde alternée m'ont permis de programmer les rendez-vous. Mais même aujourd'hui, lorsque je ne peux assister à une réunion parce que je dois garder les enfants, je perçois encore quelques regards ironiques. »

Ces femmes bourgmestres ne s'en plaignent pas de ce « job extrêmement prenant »,. « Les soucis d'organisation familiale, ce n'est pas insurmontable. Moi, par exemple, je ne m'occupe pas de l'intendance ! », sourit Christine Servaes. « Si on a envie de se lancer, il faut foncer, conclut Laura Iker. Malgré les “qu'en dira-t-on ?”. »