On ne mégote pas avec la propreté

PATRICE LEPRINCE

mardi 12 juin 2012, 10:30

On ne mégote pas avec la propreté

Un sac non conforme ou sorti en dehors des heures pour vous coûter cher à Schaerbeek où le service propreté mène régulièrement des opérations de contrôle avec la police © D R

La propreté est sans conteste l'une des priorités des Bruxellois et des Bruxelloises, qui plus est dans une ville souvent pointée comme très en retard en la matière par rapport à ses consœurs européennes. Un thème qui sera également central dans la campagne des prochaines communales. A l'heure où l'on réfléchit à une meilleure répartition des compétences entre les pouvoirs régionaux et locaux qui se partagent aujourd'hui le nettoiement des artères, l'occasion est belle de descendre dans la rue pour découvrir les politiques menées sur le terrain. En guise d'exemples : deux des plus importantes communes de la capitale : Schaerbeek et Anderlecht.

Longtemps montrée du doigt comme l'une des plus sales de Bruxelles, Schaerbeek a mis les bouchées doubles ces dernières années pour changer la donne. Le premier coup de balai est donné il y a une dizaine d'années avec la fusion des services propreté et espaces verts ainsi que par la division du territoire communal en cinq secteurs clés. « Une décentralisation qui nous permet d'être au plus près des réalités de terrain, entame Geert Pierre, le directeur adjoint. Et de renforcer les effectifs là où c'est nécessaire. Il y a dix ans encore, à chaque réunion avec les riverains, l'échevin de la Propreté risquait d'être défenestré. Aujourd'hui, je ne dis pas que tout est réglé mais nous avons gagné en crédibilité. ».

Mis sur pied également, un monitoring en temps réel de l'état de propreté des voiries. Dépôt clandestin, sac sorti en dehors des heures : toutes les salissures peuvent être signalées au 0800/939.88. En 2011, 67.334 demandes ont ainsi été enregistrées. Et traitées dans les plus brefs délais, souvent en moins d'une heure (71,8 %). « Pour éviter l'effet de contamination. »

Prévention, donc, mais aussi et surtout répression, près de 50 opérations alliant planques, enquêtes et contrôles, étant menées chaque année en collaboration avec la police. Et, là encore, Schaerbeek a déployé un arsenal spécifique. En 2003, la commune s'est ainsi dotée d'un règlement-taxe fiscal original. Avec, à la clé, des montants pour le moins salés (lire par ailleurs) à l'attention des malpropres. Une taxe perçue par le receveur communal et qui rapporte bon an mal an 350.000 euros au trésor local. « Ce n'est évidemment pas l'objectif principal, indique Michel De Herde (FDF), l'échevin en charge de la Propreté. Nous disons aux habitants que nous faisons tout pour que la commune soit propre mais qu'ils doivent aussi jouer le jeu. Nous appliquons des montants élevés, dont le record est de 20.000 euros pour un dépôt clandestin, à des fins dissuasives. Quand vous déboursez 90 euros pour un mégot jeté à terre, ça fait mal. Et vous réfléchissez à deux fois avant de recommencer ».

Plusieurs villes comme Verviers ou Anvers sont déjà venues s'informer sur la teneur de ce règlement qui pourrait encore durcir sous la prochaine législature. « Nous réfléchissons à introduire la notion de récidive pour ceux qui, malgré tout, n'auraient pas compris le message. »

De message, il est également question dans les relations – tendues – entre la commune et l'Agence régionale bruxelloise de la Propreté. Un message qui passe plutôt mal à entendre les Schaerbeekois. « On ne peut que déplorer l'absence totale de dialogue avec l'ABP qui fonctionne à la manière d'un souverain envers ses vassaux », dégaine ainsi Manu Bouvy, le responsable du service Propreté et Espaces verts. Pas plus tard que la semaine dernière, le collège schaerbeekois votait une motion demandant le transfert du balayage des voiries régionales au service de propreté local. Un transfert d'ailleurs prévu dans l'accord institutionnel pour la 6e réforme de l'État, ont rappelé les élus schaerbeekois.

« L'agence a trop de tâches à effectuer et fait donc tout de manière très moyenne, attaque Michel De Herde. C'est un grand vaisseau doté de règlements vieillots. » Et l'échevin de citer la règle du « fini-fini » : « Qui veut que quand une équipe a terminé sa tournée, elle a fini sa journée. Du coup, pour certains, celle-ci ne durerait que 4 ou 5 heures. Je ne dis pas que c'est illégal mais on peut parler d'incitation au travail bâclé ». Sur son bureau, Geert Pierre a une pile de mails et de photos envoyés à l'ABP. « Chez eux, tout est cloisonné et figé : il y a un service chargé de vider les corbeilles mais il ne ramassera pas les détritus qui sont autour parce que c'est le boulot des balayeurs. D'importantes artères comme la place Liedts ou encore la rue de Brabant ne sont balayées qu'une fois par jour alors que nous passons jusqu'à 5 fois dans une rue si nécessaire. »

En attendant le transfert de la compétence balayage aux communes, qu'il espère dès 2014, Michel De Herde va demander aux députés FDF d'ouvrir le débat au parlement. « Lorsque vous butez sur un mur qui vous empêche d'avancer, il est normal de réagir. Je ne veux pas attaquer les agents mais un système qui entraîne des comportements invraisemblables. Il est plus que temps de moderniser l'ABP. Osons le débat. »

90

Le règlement taxe

de Schaerbeek en chiffres.

90 euros pour déjection canine, urine sur la voie publique, jet de canette ou sac d'ordures dans une corbeille publique.

310 euros/m3 pour dépôt clandestin d'encombrants, avec un minimum d'un m³. Pour des déchets de construction, le tarif passe à 615 euros/m3.

165 euros pour un sac non-conforme ou sorti à un endroit ou un moment non autorisé.

67.643

C'est le nombre d'interventions réalisées en 2011 par les 201 agents du service Propreté et Espaces verts. 1.361 émanent d'une demande citoyenne. 71,8 % d'entre d'elles ont été traitées dans l'heure, 6,9 % dans les 24 heures, 3,7 % dans les 36 heures, 2,14 % dans les 48 heures et 15,2 % en plus de 48 h.

403.889

Le montant des taxes pour l'année 2011 atteint 612.227 euros. Un peu plus de 65 % de cette somme ont été effectivement enrôlés soit 403.889 euros. Au total, 2.677 PV ont été dressés dont 1.700 pour utilisation de sacs non conformes et 461 pour versage clandestin d'encombrants. 85,32 % des PV concernent des Schaerbeekois.

Pour suivre

Mercredi. Reportage à Schaerbeek.

Jeudi. Le point à Anderlecht.

Vendredi. Parole à Emir Kir.