La FN perd un gros contrat à la police fédérale

ETTORE RIZZA

mardi 22 mars 2011, 07:19

Trois mille pistolets « Smith & Wesson M&P9 » ont été commandés par la police. Ils remplaceront le Browning GP35 de la FN Herstal. Par Ettore Rizza

La FN perd un gros contrat à la police fédérale

Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

Coup dur pour la FN Herstal et son vénérable Browning GP 35 (l’année de sa première fabrication). Le pistolet semi-automatique 9 mm de l’usine d’armement belge équipait jusqu’ici environ 90 % des policiers fédéraux. Mais d’ici à quelques années, il sera définitivement remplacé par un modèle américain, le Smith & Wesson M&P 9.

Ce choix résulte d’un appel d’offres européen. D’après nos informations, six fabricants d’armes étaient en lice pour décrocher ce marché. Au final, le Smith & Wesson s’est avéré celui qui collait le mieux au cahier de charges. Surtout en matière de sécurité : le modèle américain, un double action, présente moins de risques de tir accidentel qu’un simple action comme le GP 35. Et le coût du M&P ne serait pas « significativement supérieur » à celui du modèle belge, selon la police fédérale. Le choix de sa Commission d’évaluation du matériel a donc été approuvé fin 2010 en conseil des ministres, précise-t-on au cabinet de la ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom.

À la police fédérale, on confirme qu’une première commande de 3.000 pièces a déjà été passée avec un intermédiaire liégeois de la firme du Massachusetts. La livraison est prévue dans six mois environ. À terme, la commande totale devrait atteindre 8.000 armes afin d’équiper tous les policiers fédéraux. Le Smith & Wesson M&P 9 pourrait donc supplanter à terme non seulement le GP 35, mais aussi les autres semi-automatiques 9 mm utilisés par la police fédérale, notamment les Glock autrichiens.

Quel impact sur la FN et ses 1.300 travailleurs ?

Nous avons sollicité en vain un commentaire de la direction. Les syndicats de l’usine d’armement, qui ignoraient la nouvelle, sont plus prolixes. « Avec une activité réduite, comme c’est notre cas depuis 2008, la commande n’était pas négligeable », estime Guy François, délégué principal FGTB Metal. Qui se montre amer : « C’est un peu triste de ne pas être une référence dans notre propre pays. Le politique nous met déjà des bâtons dans les roues pour les licences d’exportation : si maintenant même la police fédérale ne privilégie pas la Belgique, où allons-nous encore pouvoir vendre des armes ? »

Pour Gabriel Smal, secrétaire principal à la CSC Métal Liège-Huy-Waremme, « il est regrettable que la police ne s’équipe pas dans une entreprise détenue à 100 % par la Région wallonne. Cela aura surtout un impact en termes d’image. Un peu comme si les policiers italiens roulaient en Renault plutôt qu’en Fiat… »

Nationalisme mal placé ? C’est l’avis de Vincent Gilles, président national du SLFP-Police, pour qui il fallait choisir la meilleure arme. Les syndicats policiers n’ont toutefois pas eu leur mot à dire : le marché du renouvellement des pistolets a été lancé avant que les organisations syndicales soient représentées à la Commission d’évaluation du matériel, il y a six mois. Le dossier ne leur a donc pas été soumis.