La fréquentation des casinos est en chute libre

PASCAL LORENT

mardi 08 mai 2012, 07:37

La fréquentation des casinos en Belgique a baissé de 15 à 20 % en un an, au point de susciter des craintes pour la survie des neuf établissements belges.

La fréquentation des casinos est en chute libre

© Le Soir (Roger Milutin)

La roue ne tourne guère en faveur des casinos, ces temps-ci. La fréquentation et le produit brut des joueurs (le PBJ, le solde des mises moins les gains avant taxation) sont en chute libre. Au point de susciter des craintes pour la survie des neuf établissements belges et du millier d’emplois directs que génèrent les tables de Spa, Namur (groupe Circus), Chaudfontaine, Knokke, Dinant, Ostende (groupe Partouche), Middelkerke, Blankenberge (groupe Rank) et Bruxelles (groupe Casinos Austria).

« Il y a plusieurs raisons à la chute de notre PBJ, analyse Emmanuel Meeuwissen, patron du groupe Circus et président du Groupement des concessionnaires des casinos belges. La crise, la concurrence acharnée dans le secteur des jeux de hasard (loterie nationale, jeux dans les cafés, jeux en ligne, casino supplémentaire qui nous prive des mannes bruxelloises), la diminution de la culture du pourboire et la législation antitabac qui s’applique à nous depuis juillet 2011 ».

Ainsi les pourboires qui suffisaient encore à couvrir les coûts du travail dans les années 70, ont diminué, poursuit-il. « Aujourd’hui, 40 % de notre masse salariale viennent de nos recettes, alors que la fiscalité wallonne prend 40 % de nos rentrées quotidiennes. En fait, nous payons nos travailleurs avec de l’argent déjà taxé. C’est intolérable et intenable ». D’autant, soulignent les propriétaires des casinos, qu’ils subissent ensuite l’impôt des sociétés, de l’ordre de 35 %. Une double taxation qui, en temps de crise, se ressent fortement.

« La loi antitabac, le coup de massue »

« Ensuite, la loi antitabac a été le coup de massue », ajoute Sébastien Leclercq, directeur général adjoint du Casino de Namur. Jacques Frojman (Groupe Partouche) confirme ce dernier point. « Jusqu’ici, tout allait relativement bien : entre 2004 et 2008, notre chiffre d’affaire avait doublé et, grâce aux machines à sous, cette bonne période s’est prolongée jusqu’en 2011. Mais avec l’interdiction de fumer dans nos salles, nous avons déjà enregistré une chute de 20 à 30 % de notre PBJ ». Le constat est le même dans les neuf casinos du pays : « En un an, on a vu la fréquentation, les recettes et les pourboires s’effondrer de 20 % », confirme Emmanuel Meeuwissen. « Ce n’est pas une surprise, poursuit Jacques Frojman. Nous avions constaté le même phénomène en France où l’interdiction du tabac est en vigueur depuis deux ans. En Europe, un joueur sur deux est un fumeur. Le lien entre tabac et jeu est évident ».

La législation antitabac permet d’installer un fumoir sur 1/5 de la surface du casino. La plupart des établissements ont saisi cette opportunité et y ont placé des machines à sous. Une mesure qui a un peu atténué les conséquences de la loi antitabac. Et provoqué l’ire du ministère de la Santé, qui pourrait les poursuivre en Justice.

Par ailleurs, les jeux en ligne, en progression, pourraient apporter au secteur un peu d’oxygène. En effet, la commission des jeux de hasard vient d’accorder les licences d’exploitation. Et celles-ci, en vertu de la législation belge, sont réservées aux groupes déjà actifs en Belgique dans les casinos. Mais cette clause pourrait, à terme, fâcher la Commission européenne.

Une aide de l’État pour s’en sortir ?

Pour en sortir, les patrons des casinos misent sur deux cases. « Soit l’État nous accorde un allégement fiscal correspondant à la surcharge sur les salaires, de l’ordre de 25 % de notre assiette fiscale ; soit il nous exonère de la législation antitabac », plaide Emmanuel Meeuwissen. En France et en Hollande, le politique a opté pour la première solution. Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Suisse et dans certains landers d’Allemagne, on a choisi la seconde.

Sans l’un de ces coups de pouce, l’emploi pourrait très vite trinquer. Au casino de Dinant, syndicats et direction négocient actuellement le départ de trois à six employés. « À Namur, nous sommes passés de 230 à 185 salariés en deux ans, via des départs volontaires », constate Sébastien Leclercq. Emmanuel Meeuwissen confirme : « À présent, nous sommes au bout de nos économies ».