Une sortie de la Grèce de la zone euro mettrait beaucoup de ses entreprises en défaut de paiement mais pourrait aussi entraîner la dégradation des notes de celles d’autres pays, notamment l’Italie et l’Espagne, affirme lundi l’agence d’évaluation financière Fitch.
Un départ de la Grèce entraînerait pour ses entreprises « d’importantes perturbations » en terme de croissance et d’échanges extérieurs de capitaux « en mettant beaucoup de sociétés grecques en défaut de paiement ou tout près d’un défaut », affirme Fitch dans un communiqué.
Croissance plus faible et moindre accès au capitaux pourraient accroître la tension sur les notes d’autres entreprises européennes, notamment au Portugal, en Irlande, en Italie et en Espagne, ajoute l’agence.
Mais le nombre d’entreprises et de pays touchés dépend du type de sortie de la Grèce. Si ce départ est « ordonné », c’est-à-dire accompagné de mesures politiques efficaces, seules les entreprises de ces pays, situés en périphérie de la zone euro, seraient touchées.
Si le départ est « désordonné », les entreprises de ces pays périphériques seraient encore plus gravement touchées, avec une dégradation de leurs notes jusqu’à trois crans, et les notes d’entreprises d’autres pays pourraient à leur tour être abaissées. Les entreprises de services publics seraient particulièrement concernées.
La panique générée par ce dernier scénario pourrait conduire à un abaissement des notes d’autres pays que les pays périphériques de la zone euro, avec des conséquences en terme de croissance qui pourraient entraîner une forte contraction du Produit intérieur brut (PIB) lors des deux premières années, suivie par trois années de croissance à un niveau inférieur à celui précédant la récession (i.e. 2011).
Une sortie ouvertement envisagée
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a suggéré vendredi, pour la première fois, que la Grèce pourrait être amenée à devoir quitter l’euro. « Tout le monde doit respecter les accords », a-t-il affirmé à la télévision italienne. « Je ne veux pas parler d’un pays spécifique mais si un pays ne respecte pas les règles, mieux vaut qu’il parte », a-t-il ajouté, en soulignant que « c’est comme dans un club ».
Sa porte-parole a minimisé lundi la portée des propos. « Nous voyons le futur de la Grèce dans l’euro et nous voulons qu’elle reste dans la zone euro. C’est selon nous la meilleure solution pour la Grèce, sa population et pour l’Europe dans son ensemble », a-t-elle déclaré.
Mais le changement de ton n’en est pas moins évident, alors que la Grèce, en pleine impasse politique, semble s’acheminer vers l’organisation de nouvelles élections. D’autres ténors européens ont confirmé cet avertissement voilé aux électeurs grecs qui, s’ils rejettent majoritairement l’austérité, veulent à près de 80 % rester dans l’euro.
« Une divorce à l’amiable est possible » selon Luc Coene
Dans un entretien publié lundi par le Financial Times, le gouverneur de la banque de Belgique, Luc Coene, souligne qu’« un divorce à l’amiable, si nécessaire, serait possible ». « Les conséquences seraient plus graves pour la Grèce que pour le reste de la zone euro », a renchéri le gouverneur de la Bundesbank Jens Weidmann, également cité dans le quotidien.
Le gouvernement allemand a pour sa part répété lundi son exigence que la Grèce respecte la ligne austère conclue avec les créanciers internationaux en échange d’un soutien jugé indispensable pour son maintien dans la zone. « Le deuxième programme pour la Grèce est assorti d’objectifs et d’un contenu clairs », a affirmé une porte-parole du ministère des Finances. « Ce programme est valable même après les élections », a-t-elle ajouté Mais d’autres leaders européens sont sortis du bois au cours du week-end pour exiger davantage de souplesse pour la Grèce. Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui préside l’Eurogroupe, a évoqué un allongement d’un an du délai imparti à la Grèce pour mettre en oeuvre une série de réformes structurelles et de mesures budgétaires.
« Nous devons leur laisser le temps » estime Elio Di Rupo
Dans une interview à cinq grands quotidiens européens, le Premier ministre belge, Elio Di Rupo, a lui aussi demandé plus de temps. « Voyez-vous en Allemagne, ce sont deux partis qui négocient la formation d’un gouvernement. En Belgique j’avais six partis. Et en Grèce il y en a également au moins trois, cela prend du temps. Nous devons leur laisser du temps », a-t-il déclaré, dans une critique à peine voilée de l’intransigeance allemande. « La Grèce est un pays indépendant. Les partis doivent former seuls un gouvernement. Nous les Européens devrions nous retenir de tous conseils », a-t-il ajouté.
Ces commentaires surviennent avant une réunion lundi soir des ministres des Finances de la zone euro (« Eurogroupe »), qu’un haut-diplomate annonce « très politique ». Le gouvernement allemand, affaibli par une défaite cuisante dimanche aux élections régionales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie ainsi que par la victoire de François Hollande en France, pourrait être amené à faire des concessions, dans l’espoir de rallier les électeurs grecs à une version quelque peu radoucie de leur « sauvetage » controversé.
(P.VA. avec Belga)