Le dossier Dexia expliqué à ma fille

PIERRE-HENRI THOMAS

mercredi 30 mai 2012, 18:54

Ma chérie, tu me dis qu’on parle tout le temps de Dexia, des garanties d’États, que tu n’y comprends rien… Mais je vais essayer de t’expliquer.

Le dossier Dexia expliqué à ma fille

Dexia, c’est un peu comme l’oncle Germain, tu sais, celui qui avait acheté cette grande maison dans les Ardennes, pour y mettre des locataires. Puis il a fait une soirée arrosée avec ses voisins Angela et Nicolas, ils ont mis le feu à la cuisine. Il ne peut plus la louer, doit payer son crédit, ne peut pas la revendre parce qu’avec l’incendie, elle vaut moins cher… Bref, il est très embêté.

Et Dexia, c’est la même chose : le groupe aussi a réalisé de trop gros achats, qu’elle ne peut plus revendre à bon prix maintenant que les marchés financiers se sont enflammés.

Le fonctionnement d’une banque est assez simple, en fait. D’un côté, elle récolte de l’argent. Comment ? En accueillant les dépôts (comme les 150 euros qui sont sur ton carnet d’épargne), en émettant des bons de caisse ou des obligations, en empruntant auprès de banques qui ont trop de dépôts.

De l’autre côté, elle le prête à des gens, des entreprises, des États, des communes. On peut prêter de différentes manières, soit en faisant un crédit, soit en achetant des obligations émises par un État, une banque, une entreprise… Le problème de Dexia, c’est que le groupe a trop prêté aux communes et aux États : il a fait des crédits et acheté des obligations pour 460 milliards !

En septembre 2008, avec la faillite de Lehman Brothers arrive une chose extraordinaire : plus aucune banque ne veut prêter à une autre banque. Et Dexia qui allait chercher régulièrement 260 milliards d’euros sur ce marché se trouve aux abois.

En octobre 2008, la Belgique la France et le Luxembourg doivent sauver le groupe, en renforçant le capital, mais, surtout en accordant leur garantie. Les banques et les autres investisseurs qui veulent prêter à Dexia peuvent dès lors le faire sans risque : les trois Etats s’engagent à les rembourser, quoi qu’il arrive. Dexia va mieux, on recommence à lui prêter et abandonne ces garanties d’Etat en juin 2010.

Mais patatras ! Avec la Grèce, la zone euro est en crise. Et Dexia, de nouveau, vacille. En octobre dernier, on sépare ce qui peut vivre seul (la banque Belgique est rachetée par l’Etat) de ce qui doit encore être aidé. Il faut savoir que comme beaucoup, Dexia va aussi chercher de l’argent auprès de la Banque centrale européenne. « OK, lui répond la BCE, mais pendant la durée du prêt, tu me donnes en garantie des obligations de l’Etat italien, espagnol, belge… » Or, avec la crise, la valeur des certaines obligations (espagnoles, grecques…) baisse : Dexia avait acheté ces titres à 100. Mais la BCE ne les accepte plus en garantie qu’à hauteur de 90, 80, 60… Dexia peut donc moins emprunter à la BCE. En plus, Dexia a conclu avec d’autres banques des contrats compliqués pour se protéger d’une hausse des taux. Ces banques demandent aussi des garanties. Et plus encore quand les taux allemands sont bas. Or ils sont au taux plancher. Tu vois, Dexia a énormément besoin d’argent pour financer sa maison en attendant qu’elle retrouve sa valeur normale. C’est pour cela que le groupe a besoin de nouveau de la garantie des Etats. Un premier accord sur 45 milliards vient à échéance ce jeudi. Les trois Etats ont demandé à la Commission européenne de prolonger cet accord de quatre mois, en attendant le feu vert sur un accord

définitif.

Voilà, j’espère que tu as compris au moins une chose de tout ceci : n’achète jamais une trop grande maison.