L'Espagne s'enfonce un peu plus dans la crise

Rédaction en ligne

jeudi 14 juin 2012, 08:57

L'Espagne s'est retrouvée hier toute proche de la catégorie des emprunteurs à risque (dite « spéculative »), dégradée par l'agence de notation Moody's qui a abaissé encore la note d'endettement du pays. Va-t-on sortir un jour de la crise de l'Euro ? Vos questions dans le 11h02 

L'Espagne s'enfonce un peu plus dans la crise

© AFP

L'agence américaine a abaissé de trois crans, à « Baa3 » la note d'endettement de long terme, en invoquant les difficultés budgétaires et économiques de l'Espagne. La décision de Moody's est un revers de plus pour le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy, qui s'est battu depuis sa prise de fonctions en décembre pour faire la preuve de sa capacité à se passer de l'aide internationale.

Pourtant, Moody's n'a pas été convaincu par ces efforts, puisque la note est aujourd'hui cinq crans plus bas que quand M. Rajoy est arrivé au pouvoir. Vendredi dernier, Madrid s'était résolu à faire appel à un plan d'aide européen de 100 milliards d'euros pour renflouer un système bancaire qui prend l'eau. D'après Moody's, ce plan « accroîtra encore le poids de la dette supporté par le pays ».

M. Rajoy s'était voulu rassurant en affirmant plus tôt mercredi que c'était « un crédit aux banques que les banques elles-mêmes (allaient) payer », face à une opposition qui lui reproche les sacrifices demandés à la population pour un résultat faible.

Mais l'agence de notation a rappelé dans quelle situation délicate se trouvait la quatrième économie de la zone euro. « L'État espagnol a un accès très limité aux marchés financiers, comme le montre à la fois le fait qu'il compte sur le FESF et le MES [les mécanismes anticrise de la zone euro, NDLR] pour ses fonds de recapitalisation et sa dépendance croissance vis-à-vis de ses banques nationales comme acheteurs prioritaires de ses émissions obligataires, lesquelles à leur tour obtiennent leurs financements de la BCE [Banque centrale européenne, NDLR], souligne Moody's.

L'agence relève la « vulnérabilité croissante [de l'État espagnol, NDLR] à un arrêt soudain des financements », qui est « une inquiétude bien plus grave que s'il y avait un espoir raisonnable de croissance économique vigoureuse dans les quelques années à venir ».

Un éventuel basculement de l'Espagne dans la catégorie « spéculative » ne ferait que compliquer l'effort de redressement des finances publiques, vu comme crucial pour l'avenir de l'union monétaire.

« Les répercussions se feront potentiellement ressentir sur la valeur des obligations espagnoles et sur la possibilité de les présenter comme collatéral », a estimé Sébastien Galy, analyste chez Société Générale.

De nombreux investisseurs sont en effet soit réticents soit interdits de détenir des obligations « spéculatives », ce qui rend ces titres difficiles à placer sur le marché. Or avec son déficit budgétaire élevé, Madrid a de gros besoins de financement. Pour déterminer si la note est encore abaissée, Moody's indique qu'elle se « concentrera sur le résultat des audits extérieurs en cours du système bancaire, sur les conditions et les détails du prêt [de l'Union européenne, NDLR] et sur la stratégie spécifique conçue pour la recapitalisation du système bancaire ».

« Moody's tiendra aussi compte de toute nouvelle initiative au niveau de la zone euro. De surcroît, la note de l'Espagne, de même que celle des autres pays de la zone, pourrait être touchée si le risque d'une sortie de la Grèce devait s'accroître encore », a ajouté l'agence.

Les Grecs doivent voter dimanche pour élire leurs députés, alors qu'une bonne partie de l'opinion publique rejette la cure d'austérité négociée avec Bruxelles.

JPM (avec AFP)